LES GENS SANS AVEU
Chrétiens, de vagabonds ramassés en tas et précipités dans la mer sur l'ordre d'un empereur énergique1. Les villes d'ici, aux populations très réduites, à moitié en état de siège avec leurs remparts et leurs garnisons 2, ne présentaient pas ces monceaux vivants de misères humaines. Elles avaient pourtant leurs déchets et tares de tout genre3, mendiants aux portes des remparts*, voleurs cachés dans leurs bouges5, jeunes désœuvrés à la recherche de quelque fructueux pillage6, et, surtout, les esclaves prêts à fuir l'atelier ou l'office7; et tout cela faisait une armée latente de révoltés, que l'Empire romain n'avait jamais pu atteindre, et qui surgissait de toutes parts au premier appel d'un coureur d'aventures ou d'un chef barbare8.
La campagne, de son côté9, avait la foule innombrable de ses chemineaux, de ses trimardeurs, de ses brigands, plus nombreux que jamais 10, et dont on ne savait pas s'ils étaient des esclaves ayant volé leur liberté ou des hommes libres ayant perdu leur patrimoine11; elle avait ses déserteurs ou réfractaires refusant d'être soldats 12, et ses paysans disposés à l'être pour