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nente. A la première alerte, on ferme les portes, et il arrive que l'empereur lui-même a de la peine à se les faire ouvrir1. On y tremble comme à la veille d'un siège ou d'une révolution2. Les garnisons ne sont pas une garantie de sécurité : en dehors des semaines de campagne, la discipline militaire est très médiocre, et la différence n'est point très grande, dans les mois d'hiver, entre le soldat de la caserne et le coupe-bourse du taudis3.
Le grand seigneur, dans son château, a lui aussi ses heures d'angoisse, tout comme le bourgeois dans sa cité. S'il l'a fermé de remparts avec tours et courtines, c'est pour s'y barricader au besoin4; s'il a des gardes5 et s'il emprunte des soldats à l'État6, ce n'est pas uniquement pour des parades. Théon, dans le Médoc, fait la chasse aux voleurs de bestiaux7, et je pense qu'il préférerait la chasse aux sangliers. Dans le Bordelais aux terres si riches et si éloignées de la frontière, Ausone se demande parfois s'il aura assez de vivres dans sa dépense, et il n'est pas de fastueuse villa sans d'énormes greniers8. Avec toutes ses garnisons, toutes ses forteresses, ce formidable attirail de guerre dans sa vie intérieure, la Gaule du Bas Empire est moins tranquille qu'au temps des villes ouvertes et des routes désarmées, lorsqu'il n'y avait de soldats que pour garder la frontière 9.
1. Constance devant Langres (en 298?; Eutrope, IX, 23; cf. t. VII, p. 87); Julien devant Troyes en 356 (.\mmien, XVI, 2, 7; cf. t. VII, p. 188).