‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 223 sur 473 · Ici, p. 143, n. 0, p. 181, n · texte numérisé non relu

Ici, p. 143, n. 0, p. 181, n

8. Dans la villa de Bourg (p. 183, n. 2), les greniers couvrent toute la longueur des portiques, desuper in longum porrectis horrea teclis (Sidoine, Carm., 22, Kilt). Ausone a toujours des provisions pour deux ans (De herediolo, 2, 27-8) : conduntur fructus geminum mihi semper in annum : oui non longa penus, huk quoque promptn fames. Cf. p. 105. — La mise en élat de défense d'un village de paysans dans les Alpes (p. 141, il. 1) est à noter ici.

9. Il importe toutefois de ne pas exagérer la sécurité intérieure des provinces sous le Haut Empire : le banditisme y a toujours été plus ou moins à l'étal endémique; cf. t. V, p. 157-158.

On y passa pourtant d'heureuses journées, du moins dans les châteaux de la noblesse1. Un sénateur de Gaule connaissait et savourait tous les biens et toutes les beautés du temps et de la terre, le charme des heures qui s'écoulent sans ennui et sans tristesse, les joies de la richesse qui s'étale sous les yeux, les agréments de la société humaine qui encadre la vie; et il en jouissait avec une intensité de désir et une élégance de manières qui font songer aux seigneurs de France à la veille de la Révolution : comme si l'approche des grands périls suscitait à leur insu chez les puissants du monde un besoin plus vif des plaisirs quotidiens, un sens plus profond de la douceur de vivre.

Dès qu'on a franchi la porte du donjon sénatorial, on oublie la lugubre apparence de ses remparts- et de leur appareil militaire3 : dans ce cadre qui annonce le péril, tout vous invite à

1. Voyez avec quelle émotion Paulin de Pella, en sa vieillesse, parle des beaux jours passés dans sa villa aux abords de 400 : lui-même s'appelle, pour ce temps, seclator delkinrum (Euch., 216; en outre, 201 et s., 125 et s.).

2. A Bourg en Gironde; Sidoine Apollinaire, Carmina, 22, 117 et s.; j'ai évalué la ville fortifiée, en m'aidant des lignes indiquées par les plus vieilles rues du centre, à 520 mètres de périphérie et 180 ares de surface. Cf. t. VII, p. 90, n. 8, ici, p. 141, n. 1. — J'ai peine à croire que le burgus de Jublains, avec ses 400 mètres de périphérie et son hectare de superficie, la place importante que les thermes y occupent au centre, soit un prœtorium postal ou une mansio fortifiée (p. 221) ou un castellumde garnison (p. 221), et ne soit pas une villa suburbaine fortifiée (cf. à Bourg, sedcnt per propugnacula thermie; 22, 128), à la rigueur la villa du préfet du district (p. 83, n. 5). De même, le burgus de Larçay, 230 mètres et 3000 mètres carrés. De même, celui d'Anse, 440 mètres et 125 ares; cf. Revue des Études Anciennes, 1924, p. 68 et s. ; ici, p. 221, n. 7. Les murs de Famars (cf. p. 82, n. 3) près de Valenciennes, même le mur des Sarrasins à Clermont, peuvent être ceux d'une villa fortifiée. Autres chez Blanchet, Enceintes, p. 227 et s. — Il y a d'ailleurs des villas non fortifiées : tel est le cas de la villa d'Avitacus (Aydat, p. 185, n. 3), bâtie sans doute par le futur empereur Avitus (milieu du v* siècle) : mais nous sommes en plein dans les montagnes d'Auvergne, et à 820 mètres d'altitude (pour le lac).

3. Je me demande s'il n'y avait pas des règlements particuliers pour les villas fortifiées, telles que le burgus de Paulin à Bourg : par exemple, l'obligation d'y entretenir des esclaves chargés au besoin de la défense, soit esclaves de l'Etat, soit esclaves privés, mais attachés à leur service militaire comme d'autres à la glèbe (Code Théod., VII, 14, 1, De burgariis; XII, 19, 2). Bemarquez

ne plus y penser, et c'est le calme et la sécurité de l'opulence. Comme au temps de jadis, des portiques aux colonnes de marbres variés s'allongent autour des bâtiments d'habitation, les uns exposés au bienfait du soleil d'hiver, les autres prêts à recevoir toutes les ombres de l'été1. A l'intérieur, des salles d'apparat continuent à montrer les couleurs étincelantes des mosaïques ou les tons adoucis des tapisseries : ce sont de véritables musées, où l'on peut suivre en tableaux pittoresques, sur la laine ou sur la pierre, l'histoire glorieuse des ancêtres du maître du lieu ou les pieux épisodes du triomphe de sa foi2. Dans la villa des Pontius à Bourg sur la Dordogne, on admirait les batailles de la guerre de Mithridate, roi de ce Pont-Euxin dont les Pontius s'imaginaient tenir leur nom, et, à côté, les gestes miraculeux du peuple d'Israël, prédestiné à recevoir la parole de Dieu3. — Tout près de la demeure, presque adossé à ses murailles, mais formant d'ordinaire un bâtiment séparé4, était l'édifice des thermes, dont aucune villa ne pouvait encore se dispenser5, et qui à lui seul était tout un monde. De l'eau en abondance et toujours pure, qu'un aqueduc amenait d'une source

que plusieurs des villas fortifiées que nous connaissons (Bourg, Anse) sont au contact de grandes routes et ressemblent par là singulièrement à des mansiones ou des prœtoria militaires (cf. p. 54, n. 4). — Une autre remarque s'impose au sujet de Bourg et des localités qui me paraissent similaires, Anse et peut-être Larçay. Je ne crois pas certain, vu leur situation sur une très grande route (Bourg, route de Bordeaux à Blaye, t. V, p. 92; Anse, route de Lyon à Chalon, id., p. 88; Larçay, route de Tours à Bourges, id., p. 91, n. 6), qu'elles aient été primitivement le centre du domaine, la résidence seigneuriale : il faut plutôt chercher cette résidence aux environs, en un site plus agréable mais moins militaire (pour Bourg, cf. t. VII, p. 90, n. 8 : le nom du hameau voisin de Gamillac pourrait rappeler le domaine primitif en -acus dont Bourg aurait d'abord dépendu). Lors de la restauration vers 300, le propriétaire a dû abandonner ce site pour se rapprocher de la route et se poster sur un lieu mieux défendable. Voyez aussi l'inscription de près de Schwaderloch (p. 141, n. 1).

1. A Bourg: Sidoine, Carm., 22, vers 156 et s. (non perdit quicquam trino de cardine cœli); id., 204 et s.; dans la villa de Paulin de Pella, domus diversa anni per tempora jugiter apta (Euch., 205-206). Sur les portiques, p. 289, n. 6.

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