VII. — LA CIRCULATION COMMERCIALE
La circulation commerciale la plus étendue est par mer, des ports de l'Orient et surtout d'Alexandrie à Marseille, Arles ou Narbonne1. C'est ainsi qu'arrivent, accompagnant leurs pacotilles, ces négociants grecs, juifs ou syriens qui sont en train de mettre la main sur les marchés de la Gaule2. Tout maintenant les attire ici : le Gaulois s'est désintéressé de l'industrie et du trafic; il fabrique peu et n'a cure d'échanger; la place est partout à prendre. Voici les mercantis orientaux qui se présentent à point nommé; et à Trêves, à Arles, à Bordeaux, ils vont faire ce qu'au temps de Cicéron les trafiquants italiens faisaient à Narbonne, à Toulouse ou à Vienne3, à ceci près qu'ils ont sans doute moins grande allure et qu'ils préfèrent encore le détail à la commission ou au commerce de gros, la petite boutique de camelote au stockage des vastes entrepôts. C'est chez eux que
XX, c. 443; plus tard, Germain d'Auxerre et Loup de Troyes, V. s. Genovefœ, § 2 et 11, Krusch; etc.). Ajoutez tes voyages de propagande de Pnscillien, de ses disciples et de ses adversaires; t. VII, p. 296 et s.
1. Sulpice Sévère, Dial., I, 1, 3; 3, 1; cf. p. 209, p. 206, n. 1. — Sur la durée des navigations, encore assez rapides, t. V, p. 169, n. 3 : je ne crois pas qu'elle ait beaucoup changé. — Rutilius Namatianus, en revanche, nous raconte une navigation de cabotage, d'Ostie en Gaule, d'une extraordinaire lenteur; à Ostie, il attend 15 jours un changement de lune et un vent favorable avant de lever l'ancre (I, 205-206) : il est vrai que ce doit être un voyage de plaisance.
2. Les textes sont très rares pour le ive siècle. On peut appliquer à la Gaule le texte de Paneg., IV, 12, Syrus mercator aut Deliacus [Niliacust] aut Indiens [Judœus? en tout cas, dans le sens d'Arabe ou d'Ethiopien; cf. p. 211. n. 1]. — Le Code Thèodosien (loi de 321, XVI, 8, 3) nous révèle l'existence d'une colonie de Juifs à Cologne, à propos de laquelle Constantin rappelle qu'ils peuvent être appelés d'office à la curie, sauf le privilège de refuser pour deux ou trois d'entre eux. 11 semble également qu'une loi de Valentinien (VII, S, 2) vise la synagogue de Trêves [il me semble que la loi signifie que la synagogue est un lieu de culte, et non pas d'habitation, et qu'il faut en expulser ceux qui y ont pris logement]. Mais on peut appliquer à la Gaule de ce siècle ce que Valentinien IM dira en 440 des Grieci negotiatores de Rome, quos pantapolas [vendeurs de tout] dicunt, in guibus manifestum est maximam inesse multiludinem magndmque in emendis vendendisgue mereibus diligentiam (Nov., 5, p. 82, Mommsen). - Pour l'époque antérieure, t. V, p. 15-17. Pour l'époque postérieure, Longnon, Qiogr. de la Gaule, p. 177-179; Uréhier, Byzanlinische Zeitschrift, XII, 1903, p. 11 et s.
LÀ CIRCULATION COMMERCIALE. 2dl
l'on va acheter les parfums ', les objets de verroterie2, les étoffes de luxe3, et cent autres articles de bazar oriental. Mais le jour n'est pas loin, où, devenus maîtres incontestés sur les lieux de vente et les centres d'affaires, ils feront passer par leurs mains toutes les marchandises du pays et deviendront dans la (laule les trafiquants universels, banquiers, courtiers et même gérants d'immeubles4 ou marchands de biens ;.
Les autres courants d'échange ne faisaient que prolonger de très anciens mouvements, dont l'intensité était chaque jour plus faible. D'Espagne arrivaient, par Bordeaux, Arles ou Narbonne, les oranges 6, l'huile, la saumure 7, et surtout ces chevaux d'attelage léger, dont la rapidité et la souplesse faisaient la joie des amateurs du cirque et portaient par tout l'univers la gloire du « sang ibérique » \ Rome continuait sans doute à expédier au delà des Alpes des articles de luxe ou de fantaisie9. Beaucoup de marchands gaulois cherchaient fortune, comme au temps
1. Paulin de Pclla, dans sa villa d'Aquitaine, recherche quse Arabi mûris leni flwjraret odnre (Euchar., 148). »