‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 267 sur 473 · Ici, p · texte numérisé non relu

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Vienne1 ou de Toulouse2, la vie se retire peu à peu 3, et les grands édifices, arènes, basiliques, temples ou thermes, n'apparaissent plus que comme d'énormes fantômes de pierre au-dessus de places muettes et de rues désolées. Déjà ce qui reste d'habitants, par peur de l'espace et par besoin de se rapprocher, déserte ces lieux de la vie d'autrefois et va se grouper et presque se terrer en un recoin de la vaste enceinte4, à l'ombre d'une forteresse nouvelle bâtie comme un suprême refuge à l'intérieur des anciens remparts, que leur étendue rend désormais inutiles.

1. Cf. ici, p. 21b. lia dû se produire à Vienne un rétrécissement analogue à ceux des autres villes (on cite encore son rempart en 392; t. VII, p. 311, n. 7).

2. C'est à un rétrécissement de la surface bâtie que fait songer Ausone, Urbes, 104-107; cf. t. VI, p. 357, n. 1, ici, p. 232, n. 2.

3. Dans un état d'abandon pire encore, Avenches (cf. t. IV, p. 604, n. 5) : j'incline à croire qu'à Avenches, comme à Autun, à Nimes ou à Aix, on construisit un réduit à l'intérieur et le long de l'enceinte d'Auguste, là où est aujourd'hui la bourgade, dont le dispositif rappelle bien un castrum du iv" siècle; voir maintenant le plan de Secretan (Aventicum, 3e édit., 1919) d'où il résulte qu'il y a eu certainement plus de 5000 mètres à l'enceinte originelle : le castrum que je suppose pouvait avoir au plus 1000 m. de périphérie et 6 hectares de surface. — Aix pusse de 4000 m. d'enceinte à un castrum de 700 (t. VI, p. 312, n. 1), encore que ce fût une métropole : mais j'imagine qu'elle eut, comme Toulouse (cf. p. 232, n. 2), d'importants suburbia dans ce qui restait de l'ancienne cité coloniale, la « Ville des Tours » (p. 230, n. 1). — Fréjus est à mettre dans cette catégorie, mais a dû être déserté bien avant le m° siècle (cf. p. 110). Je suppose que la ville s'était déjà concentrée dans le quartier de la Cathédrale, aujourd'hui encore au dispositif des rues si nettement distinct : c'est ce qu'on appelle la ville de Riculfe [évèque du x" siècle], qui ne pouvait avoir plus de 700 m. de pourtour. — Lyon, sur lequel nous sommes mal renseignés, a dû se réfugier également dans un angle des remparts de Fourvières, dans le quartier si caractérisé qui s'allonge autour de la Cathédrale sur la Saône (cf. Grégoire, //. Fr., V, 33); et j'ai peine a croire à plus de 1500 mètres de pourtour. — Le dispositif des vieilles nies centrales permettrait sans doute de reconstituer un réduit semblable dans les autres colonies du Midi, telles que Béziers et Orange, et peut-être même plus lard à Marseille (cf. p. 216, n. 11), sans parler des grandes villes du Rhin. On peut également s'aider des limites anciennes des paroisses pour retrouver ces castra. — Des réduits de ce genre seront construits plus tard même dans les villes fortifiées vers 300 (par exemple le Clarus nions de Clermont); Revue des El. anc. 1013, p. 424.

4. 11 y a cependant des cas où le castrum, héritier de la colonie (ou du grand camp militaire), se constituera en dehors et à distance des remparts de l'ancien emplacement : par exemple à Augst et à Windisch, t. Vil, p. 27, n. 2. Je crois de même, en voyant le système des rues, que le camp du Bas Empire dit de Tricentimx (t. VII, p. 203, n. 2) est en dehors de la colonia Trajana à laquelle il a succédé, et qu'il est représenté par le lieu actuel de Xanlen (plus rapproché, par suite, de VeUra; t. IV, p. 104, n. 5). Il y a donc eu là trois emplacements successifs.

■\" Le groupe le plus important est celui des villes auxquelles Aurélien et ses successeurs ont donné une forme et un aspect nouveaux en les entourant d'une enceinte continue de hautes murailles1. Depuis liayonne sur l'Adour2 jusqu'à Grenoble au pied des Alpes3, depuis Saint-Lizier du Conserans à la montée des Pyrénées4 jusqu'à Tournai aux lisières de la Flandre5, depuis Carcassonne du Languedoc8 jusqu'à Vannes de l'Armorique7' la Gaule renferme plus de soixante métropoles municipales de cette sorte, lourdes et rudes forteresses qui s'élèvent le plus souvent au milieu et comme au travers de ruines8, mais qui, sur les débris du passé, assurent le présent et préparent l'avenir de la vie communale : tel est Paris, citadelle enfermée dans son île, regardant avec indifférence, sur le côté méridional de la Seine, les murailles déchiquetées des Arènes et des Thermes de l'antique Lutèce 9, mais abritant avec amour, derrière ses

l.T. IV, p. 594-5.

2. Lapurdum; cf. t. VI, p. 371, n. 2. A pu remplacer Hasparren (p. 316. n. 3) comme chef-lieu de pagus dans la civitas de Dax, mais a dû devenir civitas sous les Mérovingiens (Grégoire, Hist., IX, 20, p. 375, Arndt) à cause de sa situation frontière, de son importance militaire et économique, et peut-être aussi du caractère propre du Pays Basque et de ses habitants. Cf. p. 107, n. 3, t. VII, p. 89, n. 5. Périmètre, de 1100 à 1125 m.; cf. Bev. des Et. anc, 1905, p. 147 et s.

3. Cularo, puis Gratianopolis. T. VI, p. 332, n. 3; t. VII, p. 89, n. G. 1160 mètres.

4. Chef-lieu de la civitas Consorannorum (cf. t. VI, p. 373). Périmètre, de 740 m.

5. Nouveau chef-lieu des Ménapes (cf. t. VI, p. 462, n. 1); Cassel, trop haut perché, a dû paraître un lieu de rassemblement trop peu commode. Comme il y avait là sans doute une garnison (p. 100, n. 1, p. 51, n. 2), je n'hésite pas à supposer l'existence de remparts (entre la Cathédrale, les Fossés et l'Escaut? 800 à 900 m.?), encore qu'il n'en soit resté aucune trace.

6. Cf. t. VI, p. 355, n. 6. L'existence d'un castellum est certaine (Itin. de Jérusalem, p. 551, W.), et j'ai peine à croire que le vieux mur ne soit pas de l'époque romaine (on l'attribue d'ordinaire aux temps wisigothiques: remarquez 'a forme particulière, à l'aspecl d'une fève, de la ligne d'enceinte). Carcassonne n'est, plus civitas (cf. t. IV, p. 596, note). Périphérie, 995 m.; superficie, 7 hect. 10. Poux, La Cité de Carcassonne, Les Origine», 1922. p. 122.

7. Il y eut un castrumù. Vannes, lieu de garnison (p. 109, n.-5) : en grande partie sur la ligne de l'enceinte médiévale, sauf au sud? Périphérie, de 900 m.?

S. H y a des cas, fort rares, où le castrum a été bâti (comme pour certaines villes de la fronlière : Au^st et Windisch, t. Vil, p. 27, n. 2: Xanten. ici, p. 219, n. i) à distance de l'agglomération primitive : à Éau/.e (p. 216, n. 11)?

9. Il serait parfaitement possible que le populaire ou les lettrés, aient localisé sur ces ruines, extérieures à l'enremle de la civitas l'arisioruiu. le nom antique de Lutetiit : in monte Leutitio [var. Locutio], Vita s. Genovefœ, p. 214, Krusch; Panisiu»,

remparts de la Cité, le foyer de son existence, maintenant sauvé pour toujours l.

Ce type de forteresse, de castrum, suivant le mot de l'époque2, s'impose peu à peu à tous les chefs-lieux de cité, à Nîmes quand elle se tassera auprès de ses Arènes ', au l'uy, quand il remplacera Saint-Paulien abandonné4; il s'impose déjà aux bourgades de canton, devenues séjours de garnisons, Blaye en Bordelais y' ou Aleth en Armorique6, et même à ce» lieux de marché rural ou de station postale, qui cachent leurs hôtes et leurs bâtiments sous de gigantesques murailles7, et même

in suburbii loco qui olim nuncupabatur Lucoticius, V. s. Droctovei, § 12, p. 540, Krusch. Et peut-être de même, dans les villes qui onl ainsi changé de nom et se sont en même temps réduites, le vocable primitif s'est-il perpétué sur les ruines des faubourgs, Vestiges de l'ancienne ville.

1. Pour les dimensions, p. 217, n. 1. Cf. t. VI, p. 414, n. (î.

2. L'expression de castrum (Servius, âdAin., VI, 775, p. 109, Thilo) s'entendait surtout des chefs-lieux : castrum civitas est; Carcassonne, au temps où elle n'était plus civilas, n'est appelée que castellum (p. 220, n. 6). Burgus a servi, semble-t-il, aux fortins militaires, puis aux villas fortifiées (cf. p. 141, n. 1). On disait aussi munimentum pour des postes militaires fortifiés (Ammien, XVII, 9, I ; XXX, 3, 1), le plus souvent sur des grandes routes ou des lieux de passage; ou encore pnrsidium (p. 101, n. 2). Il va sans dire que ces expressions furent souvent confondues.

3. P. 218, n. 8. Sans parler des Arènes elles-mêmes, transformées en château fort (t. V, p. 72, n. 3).

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