‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 354 sur 473 · POSSIBILITÉS D UN ART NOUVEAU · texte numérisé non relu

POSSIBILITÉS D UN ART NOUVEAU

jusqu'à la croix, étaient naturellement entraînés à composer des scènes de genre, tracées d'après les spectacles de la vie quotidienne1. Et quand ils eurent à représenter la marche de leur Dieu à la mort ou les craintes et les espérances de ses fidèles, il leur fallut bien chercher, pour les traits des visages, les expressions de rêves divins que n'avaient point trouvées les sculpteurs des M ercures ou des Jupiters, et qui émanent maintenant des Saints Livres comme un parfum s'échappe d'un vase entr'ouvert.

D'autres symptômes annonçaient que l'art serait capable de renouveler ses effets ou ses procédés. On revenait par endroits au style linéaire, à ces combinaisons de cercles ou de spirales 2 qui avaient produit de si étranges motifs dans la bijouterie des anciens Gaulois3. La sculpture s'attachait de plus en plus au bas-relief% qui oblige à de plus grands efforts de composition, qui se prête davantage aux scènes dramatiques ou aux évocations d'apocalypse. La peinture, la mosaïque, la verrerie, la tapisserie, ont repris vigueur, et avec elles le goût des couleurs et l'éclat

1. Il est possible que dans le vase de Traprain Lavv (p. 289, n. 1) la représentation du fauteuil d'osier soit tirée d'un usage demeuré courant en Gaule (t. V, p. 235-6).

2. Voir les fibules ou agrafes de ceinturons. Je n'ose pas supposer qu'il s'agit là d'une influence germanique (cf. p. 198, n. 1), ni d'une survivance réveillée de l'art gaulois (cf. p. 199, n. 4). Je crois plutôt à un phénomène particulier d'une évolution générale (cf. p. 199, n. 4, p. 160, n. 2, p. 162, n. 1).

3. T. II, p. 385-8; t. VI, p. 230-2. — Rappelons à ce propos le nouveau développement (cf. t. II, p. 387, 138, t. VI, p. 230) du symbolisme figuré, sans aucun doute sous les influences orientales et chrétiennes (t. VI, p. 88, n. 6). Il est possible cependant que la renaissance du svastika, très sensible surtout dans la Gaule de l'Est (cf. Straub, Cimetière de Strasbourg, p. 70), soit due à d'autres influences, soit germaniques, soit plutôt prégauloises (cf. t. II, p. 138, n. 3). — Le contraste entre les sarcophages de la vallée du Rhône, ceux-ci surtout avec représentations de scènes et images de type classique (cf. p. 289, n. 2), et ceux du Sud-Ouest, ceux-là surtout avec ornementation symbolique ou décorative, ce contraste ne se manifestera que plus tard; en dernier lieu, Michon dans les Mélanges Schlumberger, 1924, p. 376 et s. Cf. t. VII, p. 129, n. 6.

4. De là, d'une part, le renouveau des sarcophages à bas-reliefs (p. 336), et, d'autre part, la renaissance de la sculpture en ivoire (p. 197, n. 4). — Les dessins gravés des coupes ou disques (p. 197, n. 6, p. 90, n. 4) sont extrêmement médiocres.

des lumières, qui varient les impressions et caressent mieux le regard1 : c'est en tableaux qu'on présente les images sacrées des empereurs2, on va multiplier les figures de saints dans les basiliques chrétiennes, et déjà Martin a la sienne dans l'église que ses disciples élèvent en son honneur3. Si l'esprit humain a le courage de fuir l'obsession du passé, il peut, dans l'élan de sa foi nouvelle, redevenir créateur de belles choses4.

1. Mosaïques, peintures ou tapisseries dans la villa de Bourg (cf. p. 290, n. 2); Sidoine, Carm., 22, 158 et s., 200 et s.

2. P. 0-10. — Julien aurait fait peindre, à côté de ses images, celles de Jupiter, Mercure et Mars, pour obliger les Romains à les adorer (Sozomène, V, 17, c. 1205).

3. Martinus pingitur, etc., dans le baptistère (p. 290, n. 1) sans doute de Prima- Uacus; Paulin, Epist., 32, 2, Patr. Lat., LXI, c. 331; évidemment, on a dû l'idéaliser (cœlestis hominis imaginera). A côté de son image, Sulpice Sévère a fait peindre celle de Paulin, et celui-ci envoie à son ami des vers pour servir de dédicace au groupe (Martinum venerandaviri trstatur imago, altéra Paulinum forma refert humilem).

4. Une question de même nature se pose pour l'art musical, qui paraît avoir été particulièrement développé au iv° siècle : Victrice de Rouen, dans son sermon (§ 12, c. 454-5), aux cantates publiques ou militaires qui accueillent les empereurs dans leurs entrées solennelles (omnis xtas in studium divisa [chœurs de juniores, de seniores?] adoreas et bellica facta cantaret; cf. instrumenta clarorum modulorum à l'entrée de Constantin à Autun, Pan., VIII, 8), oppose les chants des enfants et des vierges de l'Église à l'arrivée des saintes reliques (p. 343, n. 8 et 11). Les hymnes d'Hilaire (t. VII, p. 254) devaient être certainement des poésies chantées avec accompagnement de musique.

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