‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 389 sur 473 · SOUVENIRS DU PASSÉ DANS LE CULTE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DU PASSÉ DANS LE CULTE CHRÉTIEN

vers la terre1. Et les évêques, auxquels rien ne faisait connaître le temps de la naissance du Christ, se décidèrent à la fin à le placer au 2o décembre 2, comme si la première heure terrestre de leur Dieu devait être la première espérance d'une nature réveillée3.

Ainsi, le calendrier de la nature reprenait ses droits, unissait ses fêtes à celles de l'âme, les périodes de la vie physique aux épisodes de la vie du Christ. Ces faits d'adaptation, que nous avons si souvent constatés dans le passé religieux de la Gaule*, se reproduisirent à nouveau à propos du Christianisme. — Et ce fut à son détriment et à son profit tout ensemble. Car ces emprunts aux religions antiques de la terre et du ciel voilaient et corrompaient la beauté toute morale, l'idéalisme sentimental que le Christ avait proposés à la foi des hommes. Mais en revanche, les hommes regardèrent à nouveau vers ce ciel et sur cette terre, ils sentirent que les joies du sol et de la lumière ont leur beauté et leur grandeur et qu'elles appartiennent également à l'àme, ils reprirent et rajeunirent par des formes nouvelles les pensées antiques de l'humanité, et, dans ce Christianisme qui s'accordait avec la nature, se renoua la chaîne des croyances et des rêves éternels 5. Bientôt vont se

1. Cf. t. I, p. 143; je n'ai pas besoin d'ajouter que le solstice d'hiver devait être célébré en Gaule bien avant l'arrivée de Mithra.

2. Calendrier de Polémius Silvius, au 25 décembre (Corpus, I, p. 279) : Natalis Invicti (Mithra), et à côté : Natalis Domini corporalis. Solstilium et initium hiberni. Cf. Cumont, Textes et Monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, I, 1899, p. 342.

3. 11 est probable que l'Epiphanie du 6 janvier, qui était en 361 une grande fête chrétienne (Julien la célèbre à Vienne avant de partir contre Constance, et ce fut sa dernière manifestation chrétienne; Ammien, XXI, 2, 5; t. VII, p. 226), devait être alors regardée comme l'anniversaire ou tout au moins l'annonce publique de la naissance du Christ; cf. Duchesne, Culte, p. 264-5; Vacandard, Les Fêtes de Noël et de VÉpiphanie, dans ses Études, IIIe s., 1912.

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