‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 396 sur 473 · T. VI, p. 70 et s · texte numérisé non relu

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acceptèrent de fusionner avec quelque saint du Christianisme, ou de se transformer à l'image d'un ange gardien venu de l'Orient1. La religion nouvelle, tout comme autrefois celle de Mars ou celle de Teutatès2, se prêta à des combinaisons infinies pour faire place à ces myriades d'Esprits dont l'homme ne pouvait détacher ses besoins ininterrompus d'espérance et de foi.

Je dis qu'elle leur fit place à tous, et même aux fées et aux démons, à ceux qui étaient hors de sa loi, et qu'elle aurait dû ignorer ou nier. Mais l'Eglise, fidèle aux rêveries dualistes du Christianisme originel, leur reconnut un droit à la vie, les inscrivit dans son catalogue des êtres surnaturels, non pas, il est vrai, comme des forces que l'on respecte, mais comme des puissances de mal que l'on combat; et une bonne partie de la besogne de Martin consista à batailler contre les mauvais démons logés dans le cœur des hommes ou installés au creux des rochers3. — Mais, qu'il soit composé de saints ou de démons, le panthéon chrétien s'enrichissait chaque jour de façon extraordinaire, et, devant ce nombre de personnes merveilleuses, le populaire n'avait plus à regretter le triomphe du nouveau culte.

L'élite sociale était passée au Christianisme, sauf peut-être quelques professeurs de rhétorique, quelques lettrés impénitents ou les rois francs de la Meuse 4. L'entourage aristocratique de Martin, de Sulpice Sévère, de Paulin de Bordeaux, n'est composé que de fidèles; l'évêque de Tours ne s'est vraiment donné du mal que pour convertir les gens des

1. Voyez chez Martin (Sulpice, V. M., 14,5) les anciens Génies protecteurs des guerriers transformés en duo angeli hastati adque scutati (t. VII, p. 270, n. 1). C'est l'équivalent de l'apparition de Castor et de Pollux dans les batailles romaines.

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