LENTEUR DES PROGRÈS MORAUX ET SOCIAUX
apportèrent dans l'humanité un type de bassesse brutale qu'elle n'avait point encore connu. Les plus nobles d'entre les chefs de l'Eglise avaient eux-mêmes leurs jours de colère et leurs préjugés invincibles : on disait qu'Hilaire refusait de saluer un hérétique ou un Juif1 ; Sulpice Sévère oublie, quand il s'agit d'un adversaire, les maximes de la charité chrétienne2. Et les païens, stupéfaits de ces colères et de ces querelles pour des questions de foi, déclaraient que le Christianisme engendrait plus de haines parmi ses fidèles que la nature entre les hommes et les bêtes3. Qu'il lui faudra de temps pour triompher des vilenies natives de l'espèce humaine!
Le progrès social fut tout aussi lent que le progrès moral, la société impériale mit aussi peu d'empressement que l'âme humaine à tirer du Christianisme les leçons et les devoirs qu'il renfermait. Il contribua à faire supprimer la gladiature4 et il encouragea les affranchissements5; mais les meilleurs d'entre les païens avaient eux aussi condamné les jeux sanglants 6 et l'esclavage7, et ce n'étaient encore que les meilleurs d'entre les Chrétiens qui avaient le respect de la vie, de la liberté et de la dignité humaines. Un demi-siècle après sa conversion, la société gallo-romaine présentait les mêmes caractères et les mêmes tares que sous les fils de Valentinien 8 : l'aristocratie y