D'après Sulpice, Dial., II
niers à la vindicte de la tyrannie d'Etat1, il est probable qu'il gênait la marche normale des affaires politiques, le cours régulier de l'administration romaine : mais il était bon aussi qu'en face des droits de l'autorité publique et de la justice du prince, un prêtre imposât les leçons de la charité, qui est une des formes de la justice de Dieu. Le monde sait maintenant, par la bouche de ses évêques, qu'il est une loi supérieure à celle de l'État, un maître plus haut que César2. L'idéal humain s'est éloigné de l'empereur3 pour revenir à Dieu.
Voilà, cette autorité morale, cette royauté spirituelle des évêques, la marque véritable qu'un autre régime commence pour l'humanité. Les cent quinze cités de la Gaule ont maintenant un chef religieux, héritier légitime du Christ, porte-parole de Dieu. A côté de cet évêque, le magistrat civil, défenseur, curateur ou duumvir, est bien peu de chose : il n'apparaît que de loin en loin sur la place publique, et ses ordonnances se réduisent à quelques prescriptions de police ou de voirie5. L'évêque, lui, est visible chaque jour dans le rayonnement de l'église cathédrale; sa salle d'audience est ouverte à tous6; il circule sans cesse, dans le vêtement de sa dignité sacerdotale, à travers les rues de sa ville ou les routes de sa cité. Aux heures des cérémonies chrétiennes, il trône en sa basilique7 sur un siège de souverain8. Si Dieu l'a touché de
1. Sulpice, DiaL, III, 4, 1 et s. Cf. p. 62, t. VII, p. 264, n. 3, p. 301, n. 1.
2. Cf. p. 69-70. Comparez les philosophes d'autrefois (t. IV, p. 237 et 410-1).