T. II, p. 122 et
12. Deœ Tutelc Boudig(œ) = « Victrici », avec les attributs de la Terre-Mère, en particulier la corne d'abondance : autel de 237 à Bordeaux (Revue des Et. anc, 1922, p. 240).
blés qui mûrissent dans la campagne J ; elle veillait dans la chapelle du palais impérial2; elle était Rome même montée au ciel, l'avatar divin de la Ville Éternelle 3.
Aussi, quand les empereurs chrétiens firent enlever de la salle du sénat l'autel de la déesse, ce fut chez les Romains de vieux lignage un noble et patriotique désespoir4. Il leur sembla que Rome allait périr avec son symbole, ils sentirent cette profonde angoisse qui avait assailli Julien à la veille de sa mort, lorsqu'il vit en songe le Génie du Peuple Romain, triste et découragé, prêt à quitter pour toujours le prince qu'il animait6.
Mais l'autel de Dieu remplaça partout celui de la Victoire, et la croix du Christ tendit ses bras là où la déesse avait éployé ses ailes 6. César Auguste fut regardé comme l'élu du Seigneur, qui lui avait confié la mission d'avancer son règne parmi les hommes7; et l'Empire romain resta une société divine, protégée par le ciel et son image sur la terre 8.
A la vue de cette image, le passé païen de Rome était volontairement oublié ou pardonné par les apologistes chrétiens des heures impériales. A quatre siècles d'éloignement, ils retrouvaient parleur foi en l'Eglise Universelle les dithyrambes et les enthousiasmes que la paix latine avait inspirés aux contem-
1. Voyez les rapports de la Victoire avec V Abundantia (p. 349, n. 12; autel de Carlsruhe, Reinach, Répertoire de reliefs, II, p. 57); les Matres Victrices (t. VI, p. 60, n. 3, p. 72, n. 3).
2. Je suppose l'existence d'une Victoria dans ce qu'on appelle le lararium du prince (Hist. Aug., Alex. Sev., 29, 2).
3. Statues cultuelles de dea Roma tenant la Victoire (art. de Graillot, p. 844; art. Roma, de Maynial, dans le môme Dict. des Ant., paru en 1908). Voyez les beaux vers de Claudien, custos imperii virgo, etc.; De cous. Stil., III, 202 et s.; De VI cons. Honorii, 597 et s.; et ceux de Rutilius, ici, p. 352, n. 5.
4. Gratien en 382, suivant l'opinion courante; en 376, dit Godefroy (Code Théod., IX, 3."), 3, p. 275, Ritter). Cf. Boissier, La Fin du paganisme, II, p. 267 et s.
5. Ammien, XXV, 2, 3; cf. XX, 5, 10 (Genius Publicus). Cf. t. VII, p. 223.