LA PATRIE ROMAINE
porains d'Auguste ; on eût dit que « la lumière romaine » ' allait briller d'un éclat nouveau, comme si elle était devenue le rayonnement de l'étoile des Mages. A Virgile saluant l'avènement d'Octave sur le monde2 l'Espagnol Prudence répondait en évoquant la naissance du Christ dans l'Empire3, et ces deux poètes encadraient par leurs vers les siècles des Césars, comme par les rythmes conjugués d'une longue églogue. « La terre », disait le pieux poète, « ne vit plus en cités dispersées; il n'y a plus qu'une âme pour des milliers de corps. Par les victoires de Rome s'est faite l'unité du genre humain; la voie est prête : l'univers s'ouvre pour les victoires du Christ. »
Tel était alors le mot d'ordre dans l'Eglise, elle voulait voir en l'œuvre des Romains le prélude à l'œuvre de Dieu, l'ébauche de la cité future 4 : en quoi elle rapetissait la puissance de son Dieu, puisque la vertu divine ne doit pas avoir besoin, pour dominer le monde, d'empereurs qui seraient ses fourriers et de légions qui seraient ses avant-gardes. Mais en parlant ainsi, les évêques et les poètes du régime nouveau faisaient éclater à dessein la conversion définitive des empereurs au Christianisme et des Chrétiens à l'Empire, et, en montrant cet accord imprévu, ils escomptaient l'éternité et la souveraineté pour les deux puissances du jour, celle d'Auguste et celle de Dieu, l'Etat et l'Eglise. De même que l'Eglise se proclamait universelle, de même l'Etat prétendait commander au monde. Constance, empereur chrétien, s'était intitulé « le maître de toute
1. Sur ce mot, t. VII, p. 8, n. I. C'est vers ce temps-là que se répand l'expression de Romania, laquelle d'ailleurs a été d'abord faite arbitrairement par les écrivains, comme celle de Francia (celle-ci, dès la fin du ni" siècle; t. VII, p. 02, n. 4), et d'autres similaires; Orose, III, 20, II; VII, 43, 5. Cf. l'introduction de Gaston Paris à la Romania, I, 1872, p. 13 et s. (=Mélanges linguistiques, fasc. 1).