Cf. t. Vil, en. I, § 3, et ch. VII
Je ne parle toujours que de l'élite : car il est bien probable que le commun peuple, que les prolétaires ouïes esclaves s'intéressaient médiocrement à Rome et à l'Empire; l'éclat de la lumière latine ne descendait pas jusqu'à eux ou ne suffisait pas à les réchauffer1; ils ne connaissaient plus l'Etat que par l'agent recruteur qui les expédiait aux armées 2 ou l'agent fiscal qui leur soutirait quelques sous d'or3. Les Césars n'avaient rien fait pour leur apprendre à aimer la cité et à comprendre les devoirs qu'elle exigeait4. Leur vrai chef était celui qui leur assurait le pain quotidien et quelques jouissances, le patron s'ils étaient libres, le maître s'ils étaient esclaves; et au cas où un roi barbare viendrait leur garantir une bonne nourriture ou un butin inespéré, ils iraient à lui sans vergogne5. Le patriotisme n'avait point pénétré dans ces foules, que jamais les empereurs ne songèrent à éduquer.
Le Christianisme, très certainement, a diminué encore en elles la fidélité à l'Empire, le sens du devoir public. Il ne faut pas demander aux malheureux, aux déshérités de l'esprit ou de la fortune, trop de sentiments, trop d'obligations, une complexité trop grande de respects ou d'obéissances. Le plus souvent, une seule autorité leur suffit, ils sont les hommes d'une consigne, d'une dévotion exclusive, ils ne s'entendent point aux complications de la vie morale, à concilier les contradictions des nécessités terrestres. Pendant cinq siècles, on leur avait montré Auguste au-dessus de tout6, saint sur la terre et au ciel,