T. VI, p. 286 et s
5. Ammiiin, XXXI, 6, 6 : Goths en Thrace rejoints en 378 par des artisans de mines, vectigalium perferre possc non sufficientes sarcinas graves; pour plus tard, et a propos des Badaudes de Gaule, Salvieu, De gub. Dei, V, 5, 21 et s.; 6, 24 et s., en particulier 5, 2 : Malunt in barbaris pati cultum dissimilem quam in Romanis injustitiam sœvicntem. Voyez le virulent passage (V, 5, 22-23) où Salvieu montre le mépris que le lias peuple a pour le litre de eivis Romanus. VA. p. 385, n. 2.
6. Pour ce qui suit, t. IV, p. 11 et s., t. VI, p. 75 et s., p. 296 et s.
Jupiter sur le trône de Rome, salut du genre humain : en suivant ses ordres, ils satisfaisaient à leur invincible besoin de se soumettre à un dieu, et ils remplissaient leur rôle de citoyens. Voici maintenant qu'un autre Dieu s'est dressé au-dessus de l'empereur; il a son autel et son temple dans la ville, et Auguste n'y a plus les siens; c'est en son nom que se célèbrent les fêtes populeuses, que l'évêque bénit les foules, que les saints guérissent les malades, que les morts sortent du tombeau, que la vie éternelle est promise à tous1. Qu'importe maintenant autre chose à ces êtres à la fois naïfs et passionnés? Auguste ne les intéresse plus, le nom de Rome leur est indifférent2, ils savent à peine ce qu'est un citoyen ou un ennemi, l'approche des Barbares ne leur fait point perdre une heure de solennité religieuse, et ils préféreront toujours la prière devant l'autel à la garde sur les remparts3. Je ne dis pas qu'une telle attitude de la foule plébéienne n'ait pas sa grandeur et sa beauté. Mais nous n'avons à parler ici que du salut de l'Empire, et non pas du salut des âmes; et ces pieux rassemblements dans les églises aux heures précises des grands périls de l'Etat, rappelaient par leur imprudence et leur aveuglement le fanatisme des multitudes d'autrefois, ivres de joie dans les amphithéâtres des villes assiégées.
Mais l'élite, elle aussi, a ses mauvais citoyens, ou, plutôt, elle unit au plus ardent des patriotismes la plus sotte mésintelligence des devoirs publics.
On a souvent reproché 4 au Christianisme d'avoir causé la
2. Salvien dira des victimes des puissants et du fisc, hommes libres ou petits propriétaires, ut nolint esse Romani (De gub. Dei, V, 5, 23), et des Bagaudes, non permittebantur esse Romani (V, 6, 26). Cf. t. VI, p. 294-5.
4. Dès l'époque romaine : Volusianus chez Augustin, Epist., 137, § 20, P. L., XXXIII, c. 525 (putari volunt Christianam doctrinam utilitati non convenire reipublicœ); d'autres chez Orose, Hist., I, pr., 9. Le reproche revient chez beaucoup de modernes, presque toujours avec des vues très superficielles. Réfutations très raisonnables chez Boissier, La Fin du paganisme, II, p. 391 et s.
chute de l'Empire romain et de l'avoir livré aux Barbares. Ainsi formulé, ce reproche est absolument injuste. Certes, les Chrétiens ont eu une très large part dans les misères politiques et morales qui mirent fin au règne de Rome; et je viens d'indiquer les errements de la foule1, et j'indiquerai bientôt les erreurs de ses chefs. Mais aucun des fidèles de Jésus ne trahit l'Empire de parti pris, par haine ou par mépris2. Les rancunes à l'endroit des persécuteurs étaient depuis longtemps obscurcies par l'admiration sans bornes qu'inspiraient les princes chrétiens, Gratien ou Théodose3. On n'en voulait plus au régime d'avoir produit de mauvais tyrans. Cet Empire où V Apocalypse avait vu l'œuvre monstrueuse du Démon *, était maintenant le vestibule du ciel des élus5. Obéir à l'empereur, disait un soldat chrétien, c'est servir Dieu6.
Si le Chrétien fit tort à l'Empire, c'est parce qu'il ne sut point comprendre la vraie manière de l'aider et de le sauver. Ses fautes lui vinrent, non pas de ce qu'il se fût désintéressé de Rome, mais de ce qu'il ne s'est pas rendu compte des véritables intérêts de la patrie. Il a péché par ignorance, par légèreté, par confiance, agissant et parlant à tort et à travers : il n'a point péché par mauvais vouloir. — Et le païen a été aussi imprudent que lui. Comme manque de sens politique, comme responsabilité dans la décadence et la chute, je ne sépare pas les sénateurs dévots à la Grande Mère et les chefs des Églises chrétiennes. Les uns et les autres n'eurent point la même manière d'être coupables : ils le furent tous" également. Jamais société publique n'entraîna davantage au suicide le régime qu'elle était chargée de soutenir.
2. Voyez "'ii particulier le concile d'Arles de 314, t. VII, p. 127.