‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 434 sur 473 · P. 72, ii · texte numérisé non relu

P. 72, ii

Voici un pamphlétaire chrétien qui exalto la paix rendue à l'Eglise par Constantin, et qui invective contre les tyrans de la dynastie dioclétienne. Qu'il leur reproche violemment d'avoir massacré des fidèles, cela va de soi, et il a raison. Mais il s'élève avec la même virulence contre leur système d'impôts, le cadastre des terres, la levée des soldats, le partage de l'Empire en provinces '. A son compte, il eût fallu que l'Empire maintînt son unité et sa force sans tributs, sans armées et presque sans chefs. Je doute qu'il le pensât en son âme et conscience : mais les ignorants qui l'écoutaient s'enivraient à ces paroles d'anarchie.

Paulin de Bordeaux, évêque de Noie, est un charmant homme, écrivain de goût, prêtre convaincu et de sentiment fort délicat2. Il a quitté le service de l'Etat pour devenir prêtre3; je ne l'en blâme pas, comme le fit son maître Ausone * : car c'est encore servir l'Etat que de gouverner les âmes d'un diocèse. Mais quand les Barbares s'approcheront de sa ville, il écrira que le signe de la croix suffit à les écarter5. Si ses ouailles ont pensé comme lui, cet excès de foi chrétienne ressemblait singulièrement à un acte de désertion.

Beaucoup de Chrétiens ont pu, à l'époque des persécutions et même dans les années de transition où l'Eglise s'organisa, répudier le service militaire6 ou les fonctions municipales7, qui comportaient mille obligations à formules païennes8. Mais l'Eglise s'est entièrement assagie, et elle est maintenant en

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