IV. — LA PERSISTANCE DES FORCES LOCALES
Regardons en effet, non plus l'Empire, mais la Gaule.
Tout à l'heure, nous avons rappelé les principes qui maintenaient l'unité de cet Empire, et c'étaient des principes d'ordre social ou moral : le culte de la patrie romaine, la diffusion de la culture gréco-latine, les intérêts généraux de l'aristocratie sénatoriale, l'universalité de l'Église chrétienne2.
Mais ces forces d'empire, ces principes d'Etat mondial, n'ont pu détruire les liens que la nature avait créés entre les hommes d'une contrée 3, les besoins d'entente que les siècles antérieurs leur avaient donnés4. La loi de la terre, la pression du passé, se faisaient toujours sentir sur les êtres humains, en dépit des lois de l'Etat romain et de l'obsession de l'histoire impériale. Tous ces empereurs ne pouvaient pas supprimer le Rhin ou les Alpes, ni les empêcher de séparer deux groupes d'hommes. Ils avaient certes réussi à faire perdre à un Gaulois le souvenir de ses ancêtres : il ne savait plus de Vercingétorix ou des druides que les vagues propos que ses maîtres latins consen-
noins germaniques : Geneviève, qui est fille de Gallo-llomains, reçoit à sa naissance, vers 420, un nom germanique (Genovefa n'est certainement pas celtique, quoi qu'on en ait dit; il n'y a plus guère de noms celtiques à cette époque;
vefa—weib; yen- [genn-] doit être un radical franc; cf. t. VU, p. 62, n. 2).