‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 449 sur 473 · LA PERSISTANCE DES FORGES LOCALES · texte numérisé non relu

LA PERSISTANCE DES FORGES LOCALES

taient à lui en apprendre, et il n'était pas loin de croire que sa vie politique datait de l'ère de ses provinces1, comme les Français ont cru si longtemps que leur histoire commençait à Clovis2. Mais il n'est pas besoin qu'un peuple connaisse son passé pour que ce passé agisse sur lui. Ses pensées, ses sentiments, ses volontés, dépendent à son insu des milliers d'années qu'il a déjà vécues, et des manières d'être qui furent celles de ses aïeux : la vie des siècles disparus guide sa propre vie, de même que l'homme, en ses désirs ou ses craintes, ne cesse de redire la leçon des aïeux qu'il n'a point entendus.

Rome, je le répète 3, ne pouvait briser ni la volonté de la terre ni l'œuvre des générations. Il y avait toujours une Gaule, et cette Gaule avait toujours son passé, et dans cette Gaule il y avait toujours une Armorique ou une Auvergne, une ville de Marseille ou une ville de Paris. Si longtemps que persisterait l'Empire de Rome, si confuse et obscurcie que serait pendant ce temps la vie propre de la Gaule et de ses êtres, cette vie durerait plus encore que celle de l'Empire : car elle reposait, non pas sur la victoire ou le consentement d'un jour, mais sur la puissance de l'espace et du temps. .

Assurément, il est malaisé à la science de démêler les caractères qui font cette puissance et qui l'imposent aux hommes. Il est plus facile pour l'historien d'expliquer l'Empire romain, qui n'est qu'un accident, que d'expliquer la Gaule, l'Armorique ou Marseille, qui ont en elles des raisons d'éternité. Ce sera sans doute pour lui la tache de demain, que de rechercher et de définir les causes innombrables, cachées dans les profondeurs de la terre, dans les mystères du corps et de l'âme des hommes, qui font de la France, de ses provinces et de ses

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