LE RÉVEIL DE L'ESPRIT MUNICIPAL EN GAULE
peuplade l'a emporté, et l'on dit Arvernes pour Clermont et l'Auvergne, Santons pour Saintes et la Saintonge, Parisiens pour Lutèce et son territoire '. Mais cette unification de terme était, elle aussi, un retour au passé, lorsque la force et le renom de Saintes ou de Lutèce venaient d'être le centre et la citadelle de la Saintonge ou des Parisiens. Et c'était par là, encore, affermir la cohésion morale de ces provinces, que d'appeler d'un même nom, antique et respecté, le terroir rural e l'enceinte de la ville. Quand on dira désormais l'évêque des Arvernes ou l'évêque de Lyon, on saura que l'on parle d'une prêtrise éminente, maîtresse à la fois d'une ville forte et popu leuse et d'une campagne riche et vaste, auxquelles une cathédrale dicte sa loi2, comme Rome dicte la sienne à son Empire. A cette vie régionale le Christianisme apporte une ardeur nouvelle. Grâce à lui, cette vie a maintenant un foyer spirituel, un autel suprême, un chef sacré; grâce à lui, elle s'est fait une nouvelle histoire, plus touchante que celle des anciens annalistes. Ce ne sont plus seulement les souvenirs de la Grèce qui font la gloire de Marseille, mais aussi la sainteté de ses moines et sa dignité de fille chérie de l'Eglise chrétienne *. Toulouse a sans doute oublié sa fondation par les Celtes ou les Ligures5, mais elle conserve pour toujours le nom de Saturnin son premier évêque 6; Munatius Plancus, le créateur du Lyon romain7, n'est plus connu que de quelques érudits*, mais tous