LE RÉVEIL DE L'ESPRIT MUNICIPAL EN GAULE
magistrat supérieur dans sa cité, il mettra sur le même rang son consulat romain et son consulat bordelais1.
Nous assistons, dans ces journées de l'Empire qui précèdent les dernières, à un nouvel éclat du patriotisme, ou, si l'on préfère, du sentiment municipal. Des rhéteurs, tels que ceux d'Autun en face de Constantin, vantent leur ville avec une passion sincère, détaillant ses mérites et ses malheurs, parcourant en leurs discours ses rues et ses édifices comme en un pèlerinage d'histoire et d'amour2. Ausone, comblé de richesses et d'honneurs, se retire à Bordeaux pour faire du berceau de son enfance « le nid de sa vieillesse »3. Il n'est pas jusqu'aux empereurs qui ne se laissent gagner par la douce contagion des amitiés citadines : qu'on se rappelle les mots de tendresse écrits par Julien sur sa chère ville de Lutèce, dont il fut l'hôte pendant les plus belles années de sa vie \
N'accordons pas, pour le moment, une valeur trop grande à ces manifestations de l'esprit local. Les villes et les cités sont encore une force bien chétive en face de l'Empire romain et de ses soldats barbares5. 11 fallait pourtant parler d'elles une dernière fois : car les symptômes d'activité qu'elles présentent dans leur vie ne feront que croître," et c'est dans le cadre municipal, aux siècles prochains, que s'ébauchera la fortune des énergies de la France féodale, maisons nobles aux noms des villes, seigneuries de comtes et suprématies d'éveques.