‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 58 sur 473 · IMPOTS SECONDAIRES · texte numérisé non relu

IMPOTS SECONDAIRES

peut-être entrer la valeur de ces fournitures dans le compte de l'impôt foncier, normal ou additionnel ' : en fait, les officiers de l'empereur en agissaient souvent à leur guise, et un ordre de réquisition publique ressemblait à un bon coup de pillards germaniques 2. — C'était encore la terre qui était la plus atteinte et la plus frappée par ces brigandages officiels. Des sources de la richesse, elle était la seule qui n'avait point la chance de glisser et de s'évader entre les mains des collecteurs de taxes. Toutes les clameurs que, depuis Dioclélien, nous entendons sur l'impôt, toutes les poursuites ou toutes les remises d'arriérés, concernent la terre; et les injures contre le fisc viennent de colères rurales3.

L'historien enregistrera d'ailleurs ces plaintes et ces cris sans y ajouter une foi absolue. Il fera la part des exagérations habituelles aux terriens de tous les temps, paysans ou propriétaires *. Le fisc a dû certainement gêner ceux du quatrième siècle; mais il ne lésa pas empêchés de travailler et de s'enrichir :,

1. Si du moins le texte d'Ammien (XVII, 3, 2-4) établit un lien entre les corvjuisita et la capitatio ou Vaugmentum. Cf. p. 39, n. 1.

2. Cf. Ammien, XVII, 3, 3; XIX, 11, 3; XXI, 0, 6. — On peut ajouter ici, encore qu'en principe il fût libre et en fait intermittent, l'impôt dit aurum coronariumou don gratuit aux princes, lequel affectait surtout les possessores (G. Th., XII, 13).

3. T. VII, p. 15; ici, notes des p. 34-35, et p. 40, n. 4 et 5.

4. Dans le même sens, Fustel de Coulanges, L'Invasion germanique, p. 47 et s. Cependant, j'entends ne parler ici que de la période antérieure à 395. Car je crois de plus en plus que, surtout à partir de 395, le fisc aggrava lout à la fois le poids de ses exigences et la tyrannie de ses procédés, et que le despotisme financier fut une des causes de la désaffection des populations à l'endroit de l'Empire et de leurs espérances à l'endroit des Barbares. Et il est certain que, dès 400, un grand propriétaire a pour principal souci de payer l'impôt (Paulin, Bach., 199-201). 11 se peut donc qu'il faille prendre au sérieux le propos de Paulin de Noie, disant que les charges de son patrimoine (onera patrimonii) épuisent ses revenus (substantiel facultatum) (Epist., 5, § 5, P. L., LXI, c. 169-170) : et il est possible que lesplus riches propriétaires fonciers aient eu parfois avantage à se débarrasser d'une partie de leurs biens en faveur des pauvres ou des églises (p. 153, 163, 337).

5. Nous avons évalué à 625 000 sous d'or sous Constant le tribut foncier de» Éduens, à 175 000 sous Julien; le territoire éduen pouvant être évalué au trentième de la Gaule [1/48 de la France, dit à tort Savigny, p. 142, d'après Gibbon, III, ch. 17; II, p. 197-8, dans l'édit. Bury]. Si le chiffre de 25 sous était la règle pour toute la Gaule, cela ferait, comme total de l'impôt foncier sous Constant, à la plus belle époque que la Gaule ait connue au iv° siècle, 18 millions 750 000 sous d'or, soit environ 300 millions de francs (en comptant le sou de Constantin, en

ni de relever la terre gauloise de la misère où l'avaient plongée les malheurs du siècle antérieur1.

Page 1