COMMISSIONS ET POLICE EXTRAORDINAIRES
professeur à Bordeaux, est choisi par Valentinien pour faire l'éducation deGratien; et celui-ci, une fois empereur, témoigne sa gratitude envers son maître en lui confiant le prétoire des Gaules1. Le vieux rhéteur bordelais avait alors largement dépassé la soixantaine : on ne me persuadera jamais que cet excellent homme de lettres, durant les quarante ans où il avait enseigné Virgile et Cicéron, se soit jamais formé à diriger comme viceroi les affaires de l'Occident 2. — Mais les bureaux de la préfecture étaient là pour parer à l'ignorance du maître, de même qu'aujourd'hui ceux d'un ministère remédient à l'incompétence de l'avocat ou du médecin qui leur sert de maître intermittent.
\ [ y. — COMMISSIONS ET l'OLICE EXTRAORDINAIRES
Bureaux, intendants, gouverneurs et préfets formaient la partie stable et domiciliée des juges et fonctionnaires impériaux. Mais le prince se réservait le droit de leur soustraire
1. Bien qu'Ausone s'intitule par deux fois préfet d'Italie (cf. t. VII, p. 278. q. I i, je doute fort de cette préfecture (que ses biographes placent en .'57(3: Schenkl, p. ix);je crois plutôt, soit qu'il ait reçu en 378 un titre général de préfet du prétoire (cf. collegiumprœfecturœ, Ausone, Grat.actio, 2, 6), comme dans l'ancien usage (t. VII, p. 142, n. 6), mais avec fonction spéciale en Gaule, soit, plutôt, qu'il ait été simplement d'abord préfet honoraire [cf. note 2] en Italie, et ensuite préfet effectif en Gaule 1! fut en tout cas préfet de Gaule en 378, consul en 37*.» : il est né vers 310; Grat, actlo, 2, 7; 2, 11 ; Ausonius lectori, 36; Epie, 2, 41-40.
2. Schenkl (éd. d'Ausone, p. x) a supposé que l'inexpérience administrative d'Ausone aura obligé l'empereur à lui donner son Mis comme collègue, et plus tard à accepter sa démission, et il rattache à cette inexpérience et à cette démission deux passages des lettres de Symmaque (I, 42, 2, et 31, 3). — De la même manière, le père d'Ausone reçut en 375 [?] la préfecture du prétoire d'Ulyrie (Ausone, Épicedion, 52) : ce n'avait jamais été, je crois, qu'un médecin municipal (cf. p. 42, n. 2), et il devait avoir alors près de quatre-vingt-dix ans : j'imagine qu'il ne s'agit que d'une préfecture honoraire (remarquez le mot nuncupor), dans le genre de celle du Narbonnais (Corpus, XII, 4355) qui, à la suite de la reconstruction faite à ses frais des monuments de sa ville, judicio Augustiad prxfecturam prœtorianam Galliarum remunerationis causa eveclus est. Mais une loi du Code (cf. t. VII, p. 278, n. 1) étant adressée à Ausone, il est impossible de voir dans celui-ci un préfet honoraire de Gaule. — A la même date, le fils d'Ausone était fait préfet en Italie : mais celui-ci était magistrat de carrière. — Celte prodigieuse fortune d'Ausone et des siens est peut-être la marque la plus nette de la puissance de la rhétorique au ivl siècle; voyez la chronologie ausonienne de l'édition Peiper, lequel a bien vu la chose, p. lxxxxviiii et s.
certaines affaires ou de leur substituer des commissions
extraordinaires, en envoyant sur place des juges ou des enquêteurs itinérants, munis de pouvoirs spéciaux et parfois d'une juridiction sans appel1 : car c'était en quelque façon l'empereur lui-même qui, par l'organe de ses délégués exceptionnels, prenait la place de ses agents ordinaires.
C'est à une commission de ce genre que Maxime voulut confier l'affaire des Priscillianistes, non pas seulement pour l'enquête, mais aussi pour le jugement-. D'autres ont fonctionné après les révoltes ou les usurpations, par exemple de Magnence3 et de Silvain \ Elles étaient conliées tantôt à un. mandataire unique s, tantôt à une manière de tribunal0; et la mission partait avec une petite armée d'huissiers, d'agents de police et de garde-chiourme, dont le passage était marqué, disait-on, par des bruits de fer et des traces de sang7. Tout se courbait ou se cachait devant les enquêteurs d'Empire; et l'on vit parfois, sous leurs menaces, les plus hauts fonctionnaires se résoudre au suicide8. Quand ils ne jugeaient pas par euxmêmes, ils revenaient auprès de l'empereur, traînant après eux la chaîne lamentable de leurs prisonniers : et c'était alors, poulies populations de la Gaule, le plus douloureux des spectacles que ce sillage de pleurs et de cruautés laissé à travers les cités par les émissaires du souverain9.
1. Dans l'affaire des Priscillianistes (t. VII, p. 300-1), tribuni eùm jure gladioram in Ilispaniam mntereiitur (Sulpice Sévère, Dial., III, 11, '.)).