I. —L'ARMÉE, CHOSE DE LEMPEREl R
Le despotisme impérial s'appuyait sur une armée qui ne ■dépendait que de lui. Un empereur était avant tout le chef et le maître des soldats. Les éléments civils et même sacrés de son pouvoir s'efTaçaient derrière ses titres et son autorité militaires2. Nul ne pouvait se croire un César ou un Auguste s'il n'avait reçu de l'armée la plus proche l'acclamation solennelle : il y avait, dans l'assentiment d'une troupe en armes,
1. Mommsen, Das Rœmische Mililiïrwesen seil Diocletian, 1889 (Gesammelte Schriften, VI); Grosse, Rœmische Militargeschichte von Gallienus, etc., Rerlin, 1920; le même, article dans Klio, XV, 1918, p. 122 et s. ; Rabut, Recherches sur la garde impériale et ■le corps des officiers, articles de la Revue historique, GXIV et CXVI, 1913 et 1914; Niecher, The Army reforms of Diocletian and Constantine, etc., dans The Journal of Roman studies, XIII, 1923. Consulter aussi le livre, d'une rare pénétration, de •Jean Maspero, Organisation militaire de l'Egypte byzantine, 1912, qui nous montre en Egypte une évolution semblable à celle que nous pressentirons en Gaule (cf. p. 96, n. 3, p. 118, n. 6, p. 102, n. 4, p. 74, n. 7); cf. aussi les articles sur la Notitia (p. 14, n. 3) et sur Végèce (p. 73, n. 2).
2. Voir le texte de Synésius, p. 12, n. 1. Eugène, malgré son origine d'école, se montre à la tète des années (t. VII, p. 310, n. 3, p. 317). Ce fut le principal vice des fils de Théodose, d'oublier ce caractère militaire de leur pouvoir (p. 11-12).
dans la clameur du guerrier, une force magique aussi grande que dans l'or d'un diadème ou la pourpre d'un manteau1.
L'empereur une fois accepté par l'armée, elle devenait sa chose et son œuvre. C'est lui qui la formait, et c'est en son nom qu'elle combattait. Les soldats prêtaient serment sur ce nom, l'obéissance au prince était leur devoir essentiel, leur raison d'être, l'origine et la fin de leur condition2. Aucun d'eux ne savait plus ce qu'étaient Rome, le peuple romain, l'Empire et l'Etat; et ces formules souveraines et ces idées supérieures qui avaient fait si longtemps la dignité morale du service militaire, n'étaient plus comprises de ceux dont le devoir était de servir et de se battre3.