V. — LA CHÉATION DE LA PROVINCE DE GAULE
Mais pendant ces événements militaires, Rome changeait de nouveau ses maîtres. Gains Gracchus et Fulvius Flaccus avaient été massacrés (121), et les chefs des grandes familles étaient revenus au pouvoir.
Certes, aucun de ces hommes ne possédait la large intelligence de Caius, l'audace grandiose du tribun qui avait voulu en quelques mois bâtir une société nouvelle sur le vieux monde méditerranéen. Mais les optimates qui l'avaient remplacé, les
1. Le système ailopté ici pour cette double cami)agne (Domitius contre les Allobroires, Fabius contre IJituit) est conforme au récit de Tite-Live et de ceux qui le résument (Orose, Florus, Epitome). — Il est contraire aux Fastes triomphaux (suivis par Velléius, II, 10, 2; 39, 1), qui mentionnent deux triomphes, d'abord de Fabius sur Bituit et les AUobrogcs, ensuite de Domitius sur les Arvernes (C. /. L., I, L 2' éd., p. 49). D'où le système de Mommsen (II, p. 162-2) et de Herzog (p. 45-6) : bataille contre Bituit réuni aux Allobroges, gagnée par Fabius; bataille de la Sorgue, gagnée ensuite sur les Arvernes par Domitius. Mais : 1° on ne voit pas pourquoi, vainqueurs de Bituit sur l'Isère, les Romains auraient dû reculer sur la Sorgue: 2° l'ordre des triomphes n'est pas celui des victoires (cf. Ritter, p. 13-14); 3" Fabius a pu, après la défaite de Bituit, guerroyer contre les Allobroges, et Domitius contre les Arvernes et Rutènes (cf. p. 21 et 22); 4° les Fastes triomphaux, gravés sous Auguste., peuvent renfermer une inadvertance, et le copiste a pu, intervertissant les noms, Apposer les Arvernes à Domitius et les Allobroges à Fabius. — Si Strabon (IV, 2, 3) parle d' Arvernes à propos de Vindalium, Pline d'Allobroges à propos de la grande bataille contre Bituit, Eutrope et Suétone {Néron, 2) de Domitius à propos de cette même bataille, c'est sans doute parce que les Anciens ont d'ordinaire, à propos de cette guerre, fait un seul bloc des deux peuples. 11 est du reste possible qu'il y ait eu un contingent arverne dans la première bataille, allobroge dans la seconde. — Notre opinion est l'opinion traditionnelle. Cf. la réfutalion de Mommsen par Allmer, Inscr. de Vienne, I, 1875, p. 2 et s., Lebègue, p. 6-9, Ritter, p. 12 et suiv., Mùnzer, c. 1322-3
Métellus, les Scévola, les Caton, les Scaurus, n'étaient pas ces politiciens égoïstes et étroits auxquels font songer les déclamations de Salluste'. La réaction qu'ils dirigèrent contre l'œuvre des Gracques laissa intactes les réformes déjà mises en vigueur; ils ne refusèrent pas d'envoyer des colonies en dehors de l'Italie ; ils n'abandonnèrent aucune des conquêtes transalpines faites par Flaccus et ses successeurs. Seulement, ils arrêtèrent toute nouvelle entreprise militaire, comme s'ils pressentaient que l'impéjialisme conduirait à la dictature, et ils donnèrent l'ordre aux généraux de ne plus s'avancer vers le nord.
Mais d'autre part, les chefs du sénat veillèrent à ce que les résultats des dernières campagnes fussent acquis à tout jamais. Leur politique en Gaule allait être un chef-d'œuvre de prudence, de méthode, de sens pratique.
Les victoires sur les Celtes de la Provence et du Dauphiné et la défaite de Bituit faisaient des Romains les maîtres du Midi, et rejetaient les Arvernes au nord des Cévennes. On décida qu'une province serait constituée au sud de ces montagnes ^ Et, pour bien marquer que leurs triomphes étaient en quelque sorte perpétuels, et qu'ils donnaient à leur peuple des droits inviolables sur les terres, les hommes et les dieux, Fabius et Domitius élevèrent des trophées et des temples de pierre près des lieux où ils avaient vaincu, et les consacrèrent à leurs divinités militaires, Mars et Hercule ^