‹ Histoire de la Gaule (volume 4)Chapitre 298 sur 776 · MAINMISE DE CÉSAR SUR LA CELTIQUE · texte numérisé non relu

MAINMISE DE CÉSAR SUR LA CELTIQUE

bords du lUiôiic, comme Klaïuiuinus avait retiré son armée de la (Irèce après la défaite de Pliilippe et la proclamation de (airiiithe.

A la différence de Flamininus, César donna à ses légions l'ordre de rester. 11 les installa en Franche-Comté pour leur campoinont d'hiver. Le quartier général fut sans doute à Besançon; Labiénus reçut le commandement suprême. Ces mesures prises, le proconsul repassa les Alpes et se rendit dans sa province italienne'.

Ce fut là le premier et le plus grand scandale de sa politique gauloise. Ni Marius ou Sylla ni Lucullus ou Pompée n'avaient jamais ; gl, à l'endroit des alliés et des voisins de l'Empire, avec une aussi impudente désinvolture ; aucun d'eux non plus n'avait pris aussi peu de souci de la volonté et de la dignité du peuple romain. Cet ordre d'hivernage en pays ami était un double coup d'Etat, et contre la liberté de la Gaule et contre l'autorité du sénat.

On voudrait savoir comment César put justifier sa conduite, et comment elle fut accueillie chez les Celtes et chez les Romains. Par malheur, sauf ces trois lignes sur l'ordre d'hivernage, il n'a rien dit là-dessus dans ses Commentaires, et les autres historiens ont imité son silence. Tous ont fait l'oubli sur cet hiver de 58, oîi le proconsul confisqua la liberté de la Gaule et se débarrassa de la tutelle du sénat.

Ce silence même et celui des contemporains nous permettent de croire qu'il laissa dans le vague ou le secret toutes les affaires de la Gaule. Sur elles, il parla, écrivit, décida le moins possible. Qu'il ne la réduisit pas en province, que ce mot ne

1882 ; Thomann, Der franzœsische Atlas, 1871, p. 1-13; Lehmann : 1° Neue Jahrbucher fiir dos klassische Alterlum, 1901, VII, p. 506 et s.; 2° KUo {Beitrâge z. a. G.), VI, 1906, p. 287 et s. — U y a, pour ces campagnes, peu de traces, et pas très nettes, <li> sources dilTérentes de César : chez Dion (p. 247, n. 1, p. 255, n. 6, p. 257, n. 1, p. 268, n. 3). Plutarque (p. 247, n. 7, p. 255, n. 7) et Appien (p. 267, n. 5). 1. I, 54, 2-3; Plut., C, 20.

fût même point prononcé dans son entourage, cela paraît certain. Il n'indiqua pas davantage, je crois, la manière dont il entendait à l'avenir traiter les nations. Peut-être se borna-t-il à deux déclarations : l'une, que le sénat leur avait laissé, après la défaite de Bituit, leurs lois et leurs libertés'; l'autre, que les légions hiverneraient chez les Séquanes^. Les deux choses étaient contradictoires : mais, dans la conduite des conquérants envoyés par Rome, la parole et l'acte s'opposaient toujours, ici formules d'amitié, et là gestes de brigandage.

Mais, à côté des légions immobiles, en dehors du proconsul absent, les Eduens et Diviciac durent agir. Ce fut pendant cet hiver qu'ils recueillirent les profits de la victoire de leur allié. On leur rendit tous leurs otages ^ ; les anciens clients de la nation se remirent sous sa dépendance ; d'autres vinrent à elle : car on sut partout que les amis des Eduens étaient traités par Rome avec plus d'égards \ Le peuple de Bibracte fut dès lors regardé comme le « premier » de toute la Gaule % et peut-être quelque assemblée générale, à l'automne ou au printemps, décerna-t-elle solennellement ce titre aux Eduens ^

Ceux des Gaulois qui ne reconnurent pas leur suprématie se virent exposés à la malveillance de César et de ses lieutenants. Des ordres plus durs leur furent imposés '. Ce fut chez les Séquanes, autrefois les chefs du parti hostile aux Eduens", qu'il faisait hiverner ses légions, et ce séjour entraînait des fournitures onéreuses et l'apparence de la servitude'. Les Séquanes perdirent leurs clients et alliés *" ; les Carnutes et les

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