IV. — PRÉPARATIFS DE CÉSAR; L'ARMÉE DIVISÉE EN CINQ CORPS
Mais César, si contrarié qu'il pût être, prit aussitôt les mesures nécessaires. Les Vénètes lui déclaraient la guerre : il la leur ferait aussitôt, et sur mer. xXucun Romaiu n'avait encore combattu sur l'Océan, lui-même n'y avait pas une seule barque et pas un seul marin : il saurait s'y construire une flotte et vaincre les Armoricains sur leur domaine propre. La grande difficulté de l'entreprise ne fut qu'un stimulant pour cet homme d'orgueil et d'action : si la provocation des Vénètes le détournait de ses projets sur le Rhin, elle lui donnerait la gloire d'un triomphe maritime, à la Duilius ou à la Pompée. Et lorsqu'il apprit que les confédérés réclamaient leurs otages en échange des officiers, il répondit, de Lucques ou de Ravenne, en ordonnant qu'on lui bâtît une flotte sur l'Océan"-.
Quelques jours après avoir donné cet ordre, il revenait en Belgique \ où il rejoignait le gros de son armée* (début de mai?').
Après qu'il fut arrivé, les légats et les légions se mirent en route vers tous les coins de la (iaule. — Labiénus et la cava-
2. Ci'sar, 111, 8, 5; 9, 1; Dion, XXXIX, 40, 3. .'1. l't!iil-iHro II Ainiriis; cf. p. .32(), ri. 2.
Tt. Cuin itrliniiin ijcr (tiiiii kv/i/nis poluit, III, 0, 2. Il sfiiilili' ciu'il y cul alors mio cdinîoiilralion R(''ti(';rnlo du rartiiéc, (•(urime (l'ordiiiairt; au priiilciiips (\'ll, i), 5; Vlli, 52, 1; VI, 4. (iV: V, S. h.
PRÉPARATIFS DK CKSAR; L'AR.MKI': DIVISÉE EN CINQ CORPS. 291
lo.ric raient expédiés eu tournée chez les Rèmes, les Trévires et les autres Belges. Celte chevauchée hardie, conduite sans légions, mais par le plus avisé des lieutenants de César, avait pour l>ut do maintenir l'ordre dans l'Est et le Nord : on devait pousser jusqu'au llliiu, reconnaître les bords du fleuve, et si les Germains cherchaient à le franchir, les rejeter sur l'autre rive '. — Publius Crassus fut envoyé avec douze cohortes chez les Aquitains, dans la direction de la Garonne, du Gers et des Pyrénées -. — D'autres cohortes furent confiées à Décimus lirutus, qui préparait la flotte' vers l'embouchure delà Loiret — Trois légions, commandées par Quintus Titurius Sabinus, furent chargées d'opérer le long de la côte normande *. — Enfin, avec ce qui lui restait d'hommes, César menaça, par l'intérieur, la Vilaine, le 31orbihan, les terres et les bourgades vénètes \
Jusque-là, suivant l'habitude des chefs romains, le proconsul s'était gardé de disperser ses troupes dans le cours d'une campagne : il avait toujours combattu avec son armée entière, rassemblée autour de lui. Cette fois, il la divisait en cinq corps, qui allaient s'éloignant l'un de l'autre, pour guerro)^er aux extrémités de la Gaule, vers les Pyrénées, le Rhin et l'Arniorique^ Quelle belle occasion de se révolter pour les Belges et les Celtes! Entre Labiénus à Trêves, Crassus à Agen, Sabinus à Rouen, Brutus à Nantes et César à Vannes, il y avait plus de cent lieues de distance, quinze jours de marche, et sans doute un médiocre service d'étapes. En disséminant ainsi ses troupes. César espérait que tous les Gaulois demeureraient dans la crainte '. Mais il pouvait tout aussi bien se faire qu'ils profî-
1. César, III, il, 1-2 : Labiénus semble n'av>jir eu avec lui que des corps auxiliaires, surtout de cavalerie.
2. III, 11,3: une légion, deux cohortes et beaucoup de cavalerie.
3. III, 11, 5; cf. 14, 3 : peut-être une légion et huit cohortes. i. III, 11, 4.