CAMPAGNR DE SABINUS EN NORMANDIE
Depuis que le rendez-vous des troupes avait été fixé, il eu arrivait chaque jour au nouveau général, et des points les plus éloignés de la Gaule'. Pour peu que la lutte se prolongeât, Viridovix verrait se former autour de lui la grande armée de l'indépendance.
Pour comble d'ennuis, Sabinus ne put point marcher assez vite contre les bandes du Cotentin. Il suivait la route directe, par Evreux et Lisieux : mais les gens de ces pays, Eburoviques et Lexoviens, jusque-là tranquilles -, se révoltèrent sur son passage; comme leurs chefs refusaient de les conduire à l'ennenii, ils les massacrèrent, et, à l'approche des Romains, fermèrent les portes des cités et rejoignirent en masse l'armée de Viridovix. Le légat ne trouva devant lui que villes closes et terres désertes ^
Ce Sabinus était un des plus médiocres officiers de César : timoré, incapable d'initiative, perdant la tête dans les moments de péril, crédule et irréfléchi, il ne méritait point la confiance que le proconsul avait placée en lui, et on verra bientôt les hontes qu'il amènera sur l'armée romaine ^ Mais cette année, qui fut en quelque manière l'année des légats de César, Sabinus lui-même parut à la hauteur de sa tâche, et ses défauts aidèrent à son succès. '
Bien qu'il eût trois légions, la plus importante des armées de César ^ il n'osa pas d'abord marcher à l'ennemi; et, dès que celui-ci s'approcha, il s'arrêta, bâtit son camp sur une colline, dans une excellente position, et ne bougea plus^ En l'absence
1. Prxierea multitudo undique ex Gallia, III, 17, 4. Cf. p. 289-290.
2. Je suis le texto de César, mais il est à remarquer que César, qui nous parle ici (17, 3) de la révolte des Lexovii comme d'une chose très récente, les place plus haut (9, 10; 11, 4) parmi les révoltés de la première heure.