III
ti. Cf. I, 10, 2.
CONQUKTH ni-: l'aquitaine par le ,1EUNR CRASSUS. 305
stratégique qui la commande correspond précisément à la diaiî;onale : c'est la voie qui part d'Agen, près du confluent de la (laronne et du Gers, qui passe à Nérac, à Saint-Sever et à Dax', et qui finit à Bayonne, à la rencontre de l'Adour, des Pyrénées et de l'Océan. C'est, je crois, sur cette route que s'en- ' gagea Crassus. La frontière des Aquitains, du côté de l'Agenais, était gardée par la bourgade forte de Sos et par la tribu à laquelle elle appartenait, les Sotiates'.
Les Romains arrivèrent sans doute trop vite pour que les Aquitains eussent le temps de se concerter. Aussi, les Sotiates et leur roi Adiatunn- furent seuls à supporter le premier choc de l'ennemi. Mais c'étaient d'autres hommes que les Suessions ou les Unelles, et ils avaient eu, ce semble, une forte part dans les précédents échecs des Italiens en Gascogne ^ Le roi attendit Crassus sur la route, à quelques milles en avant de Sos,
1. Je n'hésite plus : 1° à cause des analogies de noms {Scittio, dans l'Itinéraire de Jérusalem, p. 550, W., est bien Sos; lisez Soltio); 2° la place assiégée par Crassus (20, 3) est près de la frontière; 3" Sos a été, au Moyen Age, une place forte et un point stratégique d'importance; 4° l'étude des lieux permet de retrouver les détails donnés par César (p. 306, n. 1-6). C'est à Sos que la route d'Agen à l'Adour coupait celle de Bordeaux et Bazas à Éauze. — De même, outre beaucoup d'autres dès 1500 et sans doute avant : de Villeneuve-Bargemont (Second Recueil des Travaux de la Soc. d'Agric. ... d'Agen, 1812, p. 275 et suiv.); de Métivier (Mém. de la S.oc. arch. du Midi, 11, a. 1834-5, p. 339 et s.); de Crazannes {Nouv. Consid., p. 16 et suiv.); Tarlière (p. 119 et suiv.); Breuils (Revue de Gascogne, XXXVl, 1895); et la grande majorité depuis la fin du xvi° siècle. — Les emplacements les plus extraordinaires ont été proposés. Le moins déraisonnable est Lectoure (Sanson, § 183; Napoléon I", p. 51; Camoreyt, La Ville des Sotiates, Auch, 1897, plan à la p. 45). — Autres : le pays de Lavedan, « à cause des bons chevaux », et en particulier Lourdes ou Baux près de Lourdes (de Vigenere, p. 109, etc., thèse reprise par Bascle de La Grèze, Mém. des Antiquaires de France, n. s., X, 1850, p. 284 et s.); Condom (Fallue, p. 107); Foix (Lancelot, Hist. de rAcad. dcsinscr., V, 1729, p. 291, défendu par Adolphe Garrigou, en dernier lieu dans sa Première Campagne des Romains contre les Sotiates, Foix, 1889); Vicdessos; Sost dans les Hautes-Pyrénées; Saint-Lizier (Cabibel, F'oix et Saint-Li:ier, etc., Foix, 1901): Aire, à laquelle on a dû penser au Moyen Age (de Marca, Hist. de Béarn, nouv. éd., I, 1894, p. 47).
2. Sontiates, mss. a, tandis que les mss. p inclinent vers Sotiates; Adiatunnus, mss. a; Adcatuannus, mss. ^ : César, III, 20, 2 et 3; 21, 1 et 2; 22, 1 et 4. Les monnaies à son nom en latin (rex Adietuanus ... Sotiota, Blanchet, p. 96) ont dû être frappées après sa soumission aux Romains. 'ATrtaTa; pour les ôotiates est fautif chez Dion (XXXIX, 46, 2). 'Ao-â-:otj.ov tôv xtôv Suttavtôv ^xiilia, Nicolas de Damas ap. Athénée, YI, 54, p. 249. .
3. His locis (20, 1) peut se rapporter au pays de Sos; voyez 21, 1 : Superioribus vicloriis freti. Cf. p. 107.
G. JuLLiAN. — Histoire de la Gaule. III. — 20
cacha ses fantassins dans un repli de terrain, et lança ses cavaliers contre lavant-garde romaine. Soit à dessein, soit par force, l'escadron sotiate se laissa repousser et se replia à la hauteur de l'embuscade; quand les Romains accoururent dans le désordre de la poursuite, l'infanterie d'Adiatunn les assaillit à l'improviste. Le combat fut sérieux; à la fin, les Sotiates, quoique vaincus, réussirent à se dégager et à gagner leur citadelle ', solidement campée près de là sur une forte colline, à 60 mètres au-dessus des rivières qui serpentent à ses pieds ^.
Crassus essaya de l'enlever le jour même, par un coup de main. Il échoua \ Le siège commença alors suivant la façon classique, avec mantelets, terrasse et tours ^. Mais les Sotiates connaissaient la manière d'attaquer ces sortes d'ouvrages : comme il y avait chez eux des hommes habitués aux mines, ils ébranlèrent la terrasse par des galeries souterraines, pendant que leurs camarades faisaient une sortie. Crassus la repoussa, consolida sa chaussée, et, de guerre lasse, les assiégés s.e rendirent '. Seuls, Adiatunn et ses six cents « dévoués » refusèrent de céder, et, unis pour la mort comme pour la vie, ils tentèrent de se frayer un passage à travers les assiégeants ^ On les rejeta dans la place, et, malgré leur obstination, Crassus laissa la vie sauve à ces braves ''.
1. lU, 20, 2-4; 21, 2: Grosse, VI, 8, 19. La première rencontre a pu avoir lieu sur la route, à 6 kil. de Sos, vers Poudenas. et les fantassins aquitains se cacher, au delà de ce village, dans le creux du vallon {in convallf) qui le borde, lequel se prête fort bien à une embuscade. C'est à Poudenas, je crois, que finit l'Agrenais, sur la route d'Ag;eii à Sos. — On a proposé d'ordinaire, plus au nord, les abords de Barbaste et de Nérac (de Crnzannes, p. 18; Breuils, p. 241 et suiv.).
2. La (iélise et le ruisseau de la Gueyze. Natura loci et manu manitum, 23, 2.
4. 21, 2 et 3. La terrasse |»ut tHre bùlie sur le seuil que suit la grande roule de Nérac avant de toucher Sos; le camp romain, sur la hauteur de Sainl-.Marlin.