Année 55. Dion, .\.\Xi.\, 31 et suiv.; etc
PREMIEll HSSAI D'ORGANISATION DE LA GAULE. 317
« amis » ou « luMcs de César » ', et il tenait la Gaule par une force autrement solide que la fidélité vacillante de sénats nombreux et divisés. C'était grâce h un régime pareil que Pompée avait assuré la prépondérance romaine en Orient. — l*uis, comme Pompée, César aurait des rois à sa suite. Et s'il se brouillait avec la curie, il attirerait ces rois à sa cause plus aisément que les sénats locaux, toujours séduits par le prestige du grand conseil de Rome, et habitués de longue date à tout rapporter à lui.
Ce fut vers le même temps que César mit la main sur cert linos des institutions communes à toute la Gaule. De la même manière qu'il supprimait peu à peu les patries locales, il enchaînr.it la patrie gauloise.
L'assemblée des cités, qui s'était réunie dans l'été de 58 après la défaite des Helvètes, se tint sans doute alors près du camp de César, mais en dehors de sa présence et dans un mystère religieux ^ En 57 et 56, il n'est pas question de cette assemblée'. Elle va reparaître au printemps de 55, mais avec un caractère tout différent. C'est le proconsul qui la convoquera : les chefs de toutes les nations y sont appelés, elle a lieu en vue de son armée; il y parle en maître, il fixe le contingent des troupes qu'on doit lui fournir, il annonce ses intentions et donne des ordres*. Un tel conseil n'est plus un organe de liberté, mais de dépendance. C'est pour César un moyen de commander d'un seul coup, et de gouverner plus vite.
César traçait donc les premières lignes du gouvernement de la future province dans le même temps qu'il en assurait les fron-
1. César paraît avoir accordé le titre de liospes à des Gaulois de la Province (1, 53, 6) et de la Gaule indépendante (V, 6, 2); cf. Suétone, César, 48.
3. Je crois très probable, cependant, qu'elle se soit alors réunie, peut-être dans les mêmes conditions qu'en 58 (cf. p. 244 et 277).
4. César, IV, 6, 5 : à .Viiiiens (?), printemps de 55, p. 326 : César dit seulement principibus Gallix evocatis; il ne prononce le mot conciliam qu'au printemps de 54 (Y, 2, 4), mais il semble, d'après l'emploi du pluriel dans ce dernier texte, qu'il y ait eu déjà des concilia convoqués par lui.
tières. Mais tout cela n'était encore que vagues contours et façade indécise. — A Rome, cette année, on attendait, non sans impatience, les statuts et règlements de la Gaulée C'était même un argument que Cicéron, réconcilié avec César, faisait valoir pour qu'il gardât ses pouvoirs-. Donnez-lui le temps, disait-il au sénat, d'affermir ses conquêtes, de s'attacher les vaincus, de rédiger la loi des nouveaux sujets de Rome, de fixer leurs droits et devoirs, leur régime politique et leur état civil. Qu'il reste au delà des Alpes, répétait l'orateur, afin d'achever par la politique l'œuvre de ses batailles, et d'inaugurer en Occident les bienfaits d'une paix éternelle ^ — Mais César, les révoltes apaisées, eut tout de suite d'autres projets en tête.