PASSAGE DU RHIN
cœur de l'iMiipire, des centaines de milliers d'hommes attendirent César.
Une lutte splendide s'annonçait en face du proconsul, autrement grandiose que celles qu'il avait déjà soutenues. Pour adversaire, le peuple souverain du monde barbare; pour enjeu, ce monde tout entier; comme champ de bataille, l'ombilic de l'Europe; comme cadre au combat, ses prodigieuses forêts; et, au lendemain de la victoire, l'arrivée sur le Danube, et la descente vers l'Orient et les pays d'Alexandre.
César touchait enfin l'occasion d'une de ces gloires prestigieuses qui hantaient ses rêves. Son armée se trouvait rassemblée autour de lui, solide et entraînée, n'ayant encore dans cette campagne trouvé ni fatigues ni combats : on était à la belle saison de l'année; la Gaule paraissait tranquille, les Ubiens guidaient sa marche, l'énorme pont lui assurait la retraite. Le moment était décisif pour la fortune de César et la destinée de l'Empire romain.
Mais cette fois, la sagesse l'emporta sur l'orgueil ; au moment de s'engager dans les profondeurs de la Germanie, César recula, et, comme Alexandre sur l'Indus, il donna l'ordre du retour ^ — Jugea-t-il la tâche trop dure pour ses hommes? refusèrent-ils d'aller plus loin? reçut-il des ordres du sénat ou de mauvaises^ nouvelles de son parti ou de la Gaule ^? Toujours est-il que moins de trois semaines après l'entrée en Germanie, les légions repassèrent le fleuve et détruisirent le pont\ Toute la fatigue de la campagne avait été en pure perte : les Sicambres revinrent dans leurs villages, prêts à franchir le Rhin s'il leur
1. IV, 19, 4 : il déclara qu'il n'avait passé le Rhin que ut Germanis metum injieeret, ut Sugambros ulcisceretur, ut Ubios obsidione liberaret; « prétexte », dit justement Dion, XXXIX, 48. 3. J'ai peine à croire, en effet, qu'il n'ait mis dix jours à bâtir un pont que pour une vaine démonstration de dix-huit jours.
2. J'incline à croire que la proposition de Gaton (p. 330) l'inquiéta sérieusement. Car, dès qu'il l'apprit, il écrivit au sénat une lettre pleine d'injures à l'endroit de Caton (Plut., Culon, .51), et l'envoi de cette lettre doit correspondre à son séjour ea Germanie.