VI. — HÉSITATIONS ET RETARDS DE CÉSAR
Car, pendant cette longue absence de huit mois, tout ne s'était point passé au gré de César. Arrivé en Belgique, il inspecta la Hotte : il fallait quelques jours encore pour qu'elle pût prendre la mer et se concentrer*. Le conseil des Gaules se rassembla au quartier général : les Trévires n'y parurent point, et le Romain s'aperçut qu'on jtramait quelque chose ".
i. Toute chrouologie, pour 54 := 700, dépend de la date qu'on assigne au retour de César. 11 rembarqua ses troupes quod xquinoctium suberat (V, 23, 5), et il en informa Gicéron le 6 d'avant les calendes d'octobre du calendrier public {Ad Att., IV, 17, 3). L'écjuinoxe tombant cette année le 26 septembre, il me parait bien vraisemblable que César n'a pu guère en parler avant le 15, et j'accepterai volontiers le système chronologique du moindre écart entre l'année offlcielle et l'année réelle, système qui fait correspondre a. d. VI kal. ocl. au 21 sept. 54 (Le Verrier ap. Napoléon 111, p. 585). Dans ce système, l'intercalation aurait été régulièrement faite en 700 = 54 et en 098 = 56. — L'autre système, celui du plus grand écart, s'appuyant du reste aussi sur une préoccupation d'équinoxe (Oie, Ad Aitic, X, 17, 3), fait correspondre cette date au 30 août : il me paraît moins préférable, car il place de trop i)onne heure cette craiute de l'équinoxe et ce retour de César, qui, en 55, était parti de Boulogne vers le 26 août (p. 340). Pour ce système, avec .des variantes : Ideler, Onomasticon Tullianum d'Orelli, 1, p. 170; llolzapfel, /f'xv/i. Chron., p. 322-3; Groobe ap. Drumann, 111, p. 53-54; Hice Holmes, p. 707 et suiv. — Un autre argument en faveur du premier, p. 356, n. 7.
2. Cic, Ad Q., II, 15, 1 : lettres de Quintus et de César, envoyées de là et reçues par Cicèron IV non. et non. jun., soit I" et 4 juin (système Le Verrier; 10 et 13 mai, dans l'autre système, n. I).
3. Les lettres (n. 2) ont pu être écrites au moment du départ; il faut bien compter 25 jours pour les allaires et opérations de Belgique (cL p. 351).
IIKSIÏATIOXS KT IIKTARDS DE CESAIL 35t
Ces Trévires étaient alors le seul peuple intact de la Gaule. Ils n'avaient été compromis ni par une connivence étroite avec César ni par des combats contre les légions. Alliés négligents ou ennemis latents', le proconsul ne savait que penser de ces hommes, les plus redoutables, disait-on, de la Gaule indépendante-. Aux ordres envoyés par lui, ils se bornèrent à ne point répondre'. César disposait encore de quelques jours avant le rassemblement de ses vaisseaux et de ses soldats : avec quatre légions sans bagages et 800 cavaliers, il courut chez les Trévires*.
Le chef delà cité, Indutiomar, se prépara à la résistance : il expédia les non-combattants dans les Ardennes, et réunit ses troupes ^ Si la guerre avait lieu, c'était l'expédition de Bretagne compromise. Par bonheur pour César, le Trévire avait un rival, son gendre Cingétorix : à l'approche des Romains, celuici accourut se soumettre, d'autres chefs suivirent son exemple, Indutiomar envoya des excuses et des otages, et vint lui-même faire sa cour à César®. Le proconsul s'arrangea de façon à brouiller le gendre et le beau-père', et, tranquille pour un temps de ce côté, il revint à Boulogne*.
La flotte était concentrée, mais les soixante bateaux meldois ne purent tenir la mer et restèrent dans les eaux de la Seine ^ Les contingents gaulois arrivaient, 4000 cavaliers levés dans toutes les cités; l'Eduen Dumnorix, le plus célèbre d'entre eux, devait prendre part à la guerre "*. Ce n'étaient pas seulement
l.Cf. p. 227-8, 266,289 et 311.
2. V, 3, 1. L'histoire des Trévires montre que ce renom était fort usurpé (p. 227 266, 311, 351, 393, 393, 39S. 563).
4. V, 2, 4. D'Amiens à Mouzon et de là vers la Moselle, 300 kilomètres, 200 milles, en ligne droite? Cf. p. 311, n. 5.