‹ Histoire de la Gaule (volume 4)Chapitre 444 sur 776 · VII. — LA GRANDE EXPÉDITION DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

VII. — LA GRANDE EXPÉDITION DE BRETAGNE

Toutes les précautions militaires, navales et politiques semblaient prises pour obtenir des succès rapides et décisifs. Les légionnaires étaient nombreux, pleins d'entrain et de vigueur, et depuis trois saisons ils se reposaient de combattre. Ils partaient escortés par la plus belle cavalerie de la Gaule, et par quelques-uns des Romains les plus nobles. La flotte qui les portait était la plus formidable qui eût navigué sur l'Océan depuis les temps fabuleux. César, dit-on, avait tracé lui-même le dessin et fixé les dimensions des navires, et il expose dans ses Commentaires son œuvre d'architecte naval avec la même complaisance que ses mérites de pontonnier sur le Rhin^ Il renonça, explique-t-il ', aux vaisseaux de transport traditionnels, à la romaine ou à la gauloise; l'expérience de l'année précédente avait montré que les hauts bords alourdissaient le navire, et retardaient toutes les opérations de chargement, débarquement et mise à sec : il fit donc ses trans-

1. V, 8, 1. 11 a dû laisser beaucoup plus de cavaliers qu'il ne le voulait (5, i, p. 332), sans doute à la suite de i'aiïaire de Dumnorix.

2. Celte date résulte des textes suivants. 1° Cicéron, Ad Ail., W, i5, 10, soupçonne son frère jam esse in Britannia, vers la date du V kal. scxl., 20 juillet julien. 2° Cic, Ad Q., III, 1, 4, 13, reçoit une lettre de son frère, en Hrelagne depuis quelque temps, et lui écrivant a. d. IIH id. sext., 8 août julien. 3° Cic, Ad <}., II, 16, 4 : dans une lettre précédente, Qnintus avait donné avis de son arrivée, et Cicéron avait reçu cette lettre peu avant le 29 août (cf. Asconius in Scauriunam, p. 18, Or(!lli, et Ad Q., Il, 16, 3) : or, une lettre de Bretagne mettait au minimum 20 jours (III, 1, 5, 17, si le texte est exact), au maximum 32 jours (III, 1, 4, 13), une fois 27 jours (Ad Q., III, 1, 7, 25), donc celle deQuintus a j)u partir de Ueal entre le 27 juillet et le 9 août. 4" Une précision plus grande résulte de l'Iieurc du renversement du flot (p. 356, n. 7). — Tout cela, en acceptant le système de Le Verrier (p. 350, n. 1). — Les partisans de l'autre système ((). 3o0, n. I) proposent le CjuilUîl (par exemple, Hergk, p. 026, Vogcl, p. 276, etc.).

3. Ce désir d(! gloire navale ciicz (jésar apparaît dès son gouvernement d'I'^spagne, cf. ]). 167 et 290. Cf. l'iutarque, C, 23.

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ports très bas et très hirj^os, de manière à développer les lij^nies de façade et à multiplier ainsi les sabords et les points de descente ; moins pesants et plus équilibrés, ils seraient plus aisément traînés sur rouleaux et placés à l'abri sur terre ferme; et enlin, la hauteur des bâtiments se trouvant réduite, on put les faire aller à la rame, même contre le vent, et les gouverner par là avec précision et rapidité. César eut ainsi les instruments de guerre qu'il préférait, ceux qui allaient à sa volonté, marchaient vite et sûrement. — Enfin, il avait préparé à ses légions, de l'autre côté du détroit, des alliances utiles, l'équivalent, croyait-il, des Eduens, des Rèmes et des Ubiens.

La Bretagne gauloise, au temps de César, ressemblait en eiïetà la Celtique de Dumnorix ou à la Belgique de Galba. C'était le même besoin de se grouper sous une direction forte, et la même impuissance à abdiquer ses égoïsmes et ses jalousies. De l'estuaire de la Tamise à l'île de Wight, trois ou quatre nations se partageaient les pays du Midi*. Au nord du fleuve, les puissants ïrinobantes dominaient du côté de l'Océan^; un autre peuple occupait les régions de Hertford et du Middlesex ^ ; un troisième s'étendait vers Bristol '. Plus au nord, c'étaient terres et nations inconnues % et il est possible qu'au temps de César, la langue et la parenté gauloises fussent encore limitées à ce? régions du sud-est".

De ces peuples, le mieux situé était celui de Hertford, dont César ne nous donne pas le nom". Il tenait le milieu de ces régions,

1. La nation du pays de Kent, Cantium, divisée en quatre tribus (V, 22, 1), et peut-ôtre les Ancalites, Bibroci, Cassi (21, 1), inconnus par ailleurs.

2. Trinobantes (mss. a) ou Trinovantes : V, 20; 21, 1 ; 22, 5 : comté d'Essex et peutêtre aussi partie de celui de Suiïolk. On place au-dessus d'eux (Suffolk et Norfolk) les Cenimagni{Y, 21, 1), supposés identiques aux Iceni de plus tard.

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