IV. — LA VICTOIRE D'AMBIORIX ET LE MASSACRE DES LÉGATS
La nouvelle du meurtre de Tasget arriva à Ambiorix et à Indutiomar, et ils rassemblèrent aussitôt leurs troupes pour assaillir les garnisons voisines*. Mais elle arriva aussi aux légats qui commandaient ces garnisons, et ils purent se garder contre toute surprise ^
La plus exposée était celle de Sabinus et de Cotta, qui campait à Aduatuca (Tongres), presque au centre du pays des Éburons®.
1. V, 23, 5. La correspondance de Cicéron (cf. Ad fam., VII, 16, 3; Ad Q., III, 8, 2 et 3) semble bien indiquer une incertitude sur les projets de César.
2. Ce qui e.\plique, ce me semble, qu'il ne part pas, alors qu'Anibiorix et les légats, iiinorant cette nouvelle circonstance, le croient parti (V, 29, 2). Il semble bien qu'un autre récit ait circulé à Home, que César était déjà parti lorsqu'il reçut la lettre de Cicéron (p. 388); Dion, XL, 4, 2; 9, 1; Plutarque, C, 24; Appien, Celtica, 20. Peut-être, après tout, reçut-il la lettre de Cicéron à quelques milles d'Amiens, le jouT de son départ.
3. On peut supposer la dislocation vers le 1" octobre, l'arrivée des légions dans leurs campements du 2 au 10, vers le 10 le meurtre de Tasget, vers le 13 la nouvelle donnée à César de ce meurtre et de l'Iiivernage des légions, et le départ de Plancus. Il voulut sans doute attendre au moins jusqu'au 31 la nouvelle de l'enquête. On peut placer le massacre des légats vers le 21 (13 jours après l'arrivée au camp, 2G, 1), et l'attaque de Cicéron vers le 23. César ne fut prévenu que 8 à 9 jours plus tard (p. 388, n. 4), soit vers le 31,
5. V, 29,2. Il semble ([u'elle leur soit arrivée autrement que par César, et que ce dernier ait commis l'imprudence de ne pas mettre aussitôt en garde ses légats.
0. Que Tongn>s soit Aduatuca (mss. a; Alualuca, mss. p), c'est ce qui me paraît certain : 1" Aduatuca est le nom de Tongres à l'épofiue romaine (cf. C. I. L., XIII, 1, p. 574); 2" les Tungri, dont elle prendra le nom, sont les liéritiers des Lburons (cf. C. I. L., .XllI, 1, p. 574), et peut-être le même peuple sous un autre nom; 3" Tongres est bien, comme Aduatuca, fera in tncdiis Ehuroiium Jinibus (VI, 32, 4); 4" de VAduatuca d'Ambiorix partaient des roules vers la Meuse de Namur, la Meuse de Mouzon, l'Océan, l'Kscaut et le Ilbin (V, 27, 9; 37, 7; .18, 1; 39. 1 ; VI, y3, 1-2; 35,0-10; p. 384, 378, 403 et suiv.),el je ne trouve pas de meilleur carrefour que Tongres; 5" la ferlililé du |>ays expli(|U(î (jue César en ait fait un centre de ravitailhimiMit ([). 377, ii. 2). — (.eux i|ui ont obji'cté, contre» le clioix de Tongres, «jue cet cniplaccmcnl n'a pas de défenses naturelles, et (joe César (VI, 37, 4-3)
LA VICTollM-: D'AMHIOHIX I:T I.K massacre DKS Li:r]ATS. 377
Amhioiix, un malin, oiiv('Io[)[)a le camp avec toutes ses forces et voulut l'enlever d'assaut. Mais les légionnaires eurent le temps de se ranger en armes sur le rempart, et la cavalerie dégagea les abords de la place. Le coup était manqué : Ambiorix rappela ses hommes '.
Assiéger ou alîamer le camp, il n'y fallait point songer. Il était abondamment pourvu d'hommes et de blé, les deux rois éburons ayant eux-mêmes veillé au service des vivres pour tromper la vigilance des légats -. La violence devenant inutile, Ambiorix eut recours à la ruse.
Un colloque fut demandé aux officiers romains ^ On envoya aux Eburons deux députés, auxquels Ambiorix adressa une longue harangue. — Le Barbare s'excusait de l'affaire du camp : simple chef de guerriers, il était souvent contraint de céder au désir de ses hommes; et si les Eburons, malgré leur petit nombre, avaient eu l'audace de déclarer la guerre à César, c'est
parle de celles du camp, oublient (jue Tonjrres est en partie entourée de marccages. — PourTongres, voyez, outre les anciens géographes : Roulez, Nouv. Méin. de l'Acad. de Bruxelles, XI, 1838, Examen, etc., p. 5 et suiv. ; Roulez et Wauters, Bull, de CAc. de Belg., XXXI' a., Il' s., XUI, 1862, p. 385 et 400; Wauters, id., XXXII" a.. Il" s., XVI, 1863. p. 213 et suiv. ; Gauchez, Ann. de l'Ac. d'Ardu de Belg., lU's., \\n = XW\in {Topogr. des voies), 1882, p. 146; Gantier, p. 341 et suiv.; et ici, les écrivains de la p. 379, n. 4. — C'est Liinbourg, après Tongres, qui a le plus de partisans. Mais : 1° César aurait-il fait camper ses légions au delà de la Meuse? 2° je ne vois pas les fugitifs gagnant de là le camp de Labiénus à travers les montagnes et les bois. Pour Limbourg : von Gœler, 2' éd., p. 174; von Yeith, Monatssclirift de Pick, ÏY, 1878, p. 419 et suiv.; Harroy, Les Éburons à Limbourg, Namur, 1889. — ■ On a proposé, avec assez de succès, le plateau d'Embourg près de Liège : von Cohausen (cf. ici, p. 270, n. 2); d'après lui : Grandgagnage, Bulletins de l'Ac. ... de Belgique, XXXV a., W s., XIV, 1862, p. .393 et suiv.; XLIIP a., II' s., XXXVII, 1874. p. 117 et suiv.; XXXW a., II« s., XV, 1863, p. 437 et suiv.; XVI, 1863, p. 202 et suiv.; van Kampen, pi. 8; mais jamais César n'eût fait bâtir un camp en pareil endroit. — Witiem entre Maéstricht et Aix-la-Chapelle : Dewez, Aouv. Mém., 1822, p. 263. — Ilouthem près de là : Sarrette, Quelques pages; cf. Jacques-Dupureux, Annales du Cercle archéologique de Mons, X, 1871, p. 463. — ■ Aix-la-Chapelle : de Vlaminck et autres. — Voroux au nord de Liège : B[aert], p. 8. — On a même proposé : Vieu.\-Virton (Henrard, Jules César et les Éburons, p. 35, dans les Mém. couronnés ... p. p. l'Acad, de Belg., coll. in-8, XXXIII, 1882) ; Amberloup sur rOurthe (Ilock. p. 74): le camp de Mazy près de Gembloux (Fréret, Ac, p. 456); etc. — Et on l'a identifiée avec l'oppidum des Aduatiques (p. 270, n. 2).