‹ Histoire de la Gaule (volume 4)Chapitre 471 sur 776 · Cf · texte numérisé non relu

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LA VlCTOlllK D'AMBIORIX Kï LK MASSACRE DES LEGATS. 381

Mais Ambiorix tenait à sa proie. Il savait l'éternel moyen de briser une légion : éviter le corps à corps et la portée «lu j ivelot, la cribler de traits à longue distance, l'aniener à se disloquer, et rompre les compagnies l'une après l'autre. A la dilTérence des purs Gaulois, les Éburons usaient dans la bataille de frondes et de javelines, de ces armes de trait légères et rapides contre lesquelles le légionnaire était souvent impuissant. Et Ambiorix donna l'ordre de s'écarter devant les sorties des coliortes, de refuser le proche contact, les tracasser de loin, les suivre si elles reculaient, les envelopper si c'était possible, et les tenir sans cesse exposées aux décharges continues des balles et des traits '.

Le combat changea aussitôt de caractère. Devant les légionnaires qui avançaient, les Eburons se replièrent, mais sans cesser de combattre; les cohortes, frappées à distance, devinrent incapables de riposter, et l'ennemi tirait à coup sûr dans le tas des Romains, presque désarmés sous leurs armes. Ce n'était pas à vrai dire une bataille, mais un siège méthodique, où les traits des Eburons désagrégeaient peu à peu la masse humaine qu'ils entouraient. On vit tomber tour à tour les plus vaillants des centurions, et Cotta lui-même fut blessé ^.

Mais un tel combat durerait très longtemps. A une heure de l'après-midi, les Romains tenaient bon encore ^ Les munitions des ennemis pouvaient s'épuiser, une diversion pouvait se produire. Ce n'était pas encore le moment du désespoir et du massacre.

Sabinus hâta ce moment par une dernière ineptie. Il fit demander quartier à Ambiorix. L'Éburon lui promit la vie sauve et lui enjoignit de venir*. Cotta, prié par Sabinus de l'accompagner, répondit qu'un Romain ne négociait jamais

1. 34, 3-4. Dion semble dire (XL, 6, 2) qu'Ambtorix était loin du combat.

avec un ennemi en armes, et il continua de combattre'. Son collègue se fit suivre des officiers les plus proches, et marcha vers les Barbares K II allait à son destin avec une imperturbable démence. Lorsqu'il fut à portée de la voix, Ambiorix lui cria de jeter bas les armes, et Sabinus obéit. Les deux chefs s'abordèrent, le colloque commença; peu à peu, les Barbares se groupèrent autour de la petite troupe des Bomains : quand le moment parut propice, elle fut égorgée, et le hurlement de victoire annonça la mort du légat de César à la légion qui combattait \

Il ne restait plus à Ambiorix qu'à achever cette dernière. L^ne charge immédiate en rompit les rangs. Cotta fut tué, et beau-, coup autour de lui *. De nombreux fugitifs gagnèrent le camp, le porte-aigle à leur tête. Il périt devant les retranchements; les autres voulurent résister encore ; à la nuit, sur le poiijt d'être pris, ils s'entr'égorgèrent jusqu'au dernier". Quelques hommes étaient parvenus à s'échapper du lieu du combat, et purent, à travers bois, s'enfuir jusqu'au camp de Labiéniis dans le pays des Pèmes".

Une légion entière, une demi-légion, deux légats, au moins COOO soldats, une aigle et un camp avaient disparu. La bêtise criminelle de Sabinus amena cette honte. Mais un peu plus de prudence chez César l'aurait évitée : il s'était laissé tromper par Ambiorix, il avait confié le poste le plus périlleux

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