Vil, 55, 1-8- Dion, XL, .18, 2 cl
GÉSAll S'APPUÈTE A (JUITTEll LA GAULE. 481
11 perdait les moyens de recommencer aussitôt la campagne, trésor, bagages, remonte et magasins. Et, ce qui était plus grave encore, toute la Gaule, délivrée enfin de la crainte d'exposer ses otages aux vengeances de César, pouvait songer sans remords à sa liberté. Avec les gages de son obéissance disparaissait le lien qui l'unissait à Rome.
Les deux Eduens essayèrent aussi de barrer la route aux Romains. Les ponts de la Loire furent coupés, des postes disposéssur la rive droite '. Grossi parla fonte des neiges, le fleuve paraissait infranchissable ^ Ily eut alors, semble-t-il, unfrisson de terreur dans l'armée de César : on parla de rétrograder vers le sud, et de gagner par les Cévennes la Province elle-même. Et le bruit de cette honteuse retraite parvint jusqu'à Labiénus^ Mais c'eût été abandonner un légat et quatre légions, et un tel acte de désertion eût fait vouer César à une éternelle infamie. Son devoir était de rejoindre Labiénus à tout prix, et de sauver Sens, où il avait ses dernières réserves*. Une marche rapide et hardie le débarrassa des Eduens, adversaire médiocre entre tous. Il arriva sur la Loire bien plus tôt qu'ils ne l'y attendaient ° ; un gué lui permit de faire traverser ses hommes, de l'eau jusqu'aux épaules; les Barbares s'enfuirent à la simple vue de l'ennemi, et César trouva la route libre^
1. 55, 9-10; 56, 1. Entre le confluent de l'Allier et Bourbon-Lancy? sans doute les ponts de Nevers et de Decize.
2. 55, 10 : nous sommes donc sans doute en mai ou juin, peut-être fin mai, si l'on admet que César a profité, pour sa marche de nuit (n. 5), du temps de la pleine lune, le 30 mai.
3. 56, 2; 55, 9; 59, 1 (avec la réserve de la p. 463, n. 2). Quel que soit le texte (lu'on accepte pour ces trois passages si discutés, le sens général n'est point doueux. Pour 35, 9, je préfère la correction in Provinciam expellere [les mss. a ont t'x provincia expellere, les mss. {i proviiicia excludere]; pour 56, 2, je crois qu'on peut garder la legon des mss. fi, ut neino tune [ne meta a.]; pour 59, 1, je garde le texte des mss. inlerclusum itinere et Ligerc.
5. 56, 1 et 3. Quoique César dise (56, 3) admodum magnis diurnis nocturnisque itineribus,'U ne peut s'agir que d'une ou deux longues étapes, la marche entie Allier et Loire ne comportant pas 45 milles.
6. 56, 3-4 : il traversa la Loire à un passage où on l'attendait et en face d'un pays riche en blé et bétail. H semble, d'après le texte de César, que, si le lieu de
Labiénus, en ce moment même, revenait ù Sens, et en repartait à la rencontre de son proconsul'. Quelque temps se passa encore-, et les deux chefs purent enfin se rejoindre (vers Auxerre?^), et les dix légions se rassembler sous les ordres de César.
A sept ans de distance, le général romain se retrouvait dans le pays d'où il était parti pour la conquête de l'Occident, et il s'y retrouvait dans une situation semblable, l'espérance en moins. Tout ce qu'il avait fait n'était plus qu'un rêve inutile : la Germanie, la Bretagne, la Belgique, effaçaient les traces de ses camps et le résultat de ses victoires. De la Gaule qui lui avait toute obéi, il ne conservait que deux alliés, les Lingons et les Rèmes, à peine assez d'amis pour qu'il pût donner à ses légions quelques semaines de repos et de vivres*. Et en cette saison même où tous les vaincus reprenaient les armes, ses partisans de Rome lui échappaient également. Pompée s'associait comme consul un adversaire de César, Scipion (1" août)% et Caton posait sa candidature au consulat de l'année suivante ^
passage était habituel, le gué ait été peu connu et trouvé par lui. Entre Dccize et Nevers, et peut-être de préférence, à Nevers? — D'après les renseignements fournis par de Saint-Venant, le régime de la Loire est vraiment trop changeant pour qu'on puisse retrouver le gué indiqué par César : « J'ai des cartes fort détaillées pour mon service de surveillance de la pèche, aucune n'est d'accord avoc l'état actuel des lieux... On a découvert un gué à Nevers ces jours-ci; i! était totalement inconnu, et peut-être dans un mois, après une crue, il aura cessé d'être. 20 avril 1909. » Cf. Revue des Études anciennes, 1909, fasc. 2 et 4. — Bourbou-Lancy : Napoléon III, p. 321.