Cf. t. 1, p
DKS CAUSES DE L'lNTi:ilVl':.NT10N ROMAINE. 9
grands empires militaires, aux chefs ambitieux de gloire et aux peuples avides de butin. L'État des Arvernes ne pouvait donc inspirer que de la défiance aux Marseillais. Il est possible que sa création ait suscité chez les Gaulois'cet enthousiasme et ces désirs fous qui leur étaient familiers'. Leur orgueil de race a dû prendre une vigueur nouvelle; c'est vers ce temps-là, semble-t-il, que les emblèmes de leur religion remplacent sur les monnaies ks copies des types grecs -. Peut-être les Arvernes ont-ils dit que la présence de cette cité étrangère était humiliante pour leur empire; peut-être ont-ils voulu, à Arles ou à Narbonne, créer de grands ports nationaux.
En tout cas, à la première attaque gauloise, Marseille prit peur et recourut aux mesures extrêmes. Trente ans auparavant, les Romains avaient déjà protégé contre les indigènes ses colonies de Nice et d'Antibes, et, la besogne faite, ils s'étaient rembarques ^.. Marseille pouvait encore attendre d'eux qu'ils la sauveraient du péril gaulois, sans prendre pied dans l'arrièrepays. Elle les appela.
Mais Rome, en ce moment, changeait une fois de plus de politique. Le premier essai de réforme sociale, celui de Tibérius Gracchus, avait abouti à une sorte de révolution (134-2), et le sénat craignait pour l'avenir tout à la fois une guerre civile et une tyrannie. Or, une expédition lointaine était un moyen de dériver les esprits et d'occuper les ambitions*. Scipion Emilien venait de mourir (129) : il n'était plus là pour guider son peuple vers son idéal de justice et de raison. D'autre part, le problème le plus urgent était de trouver des terres pour les pauvres, et on ne s'en procurait en Italie qu'au prix de querelles sans fin. Mieux valait en chercher à l'étranger, et prendre celles de l'ennemi que du sénateur. — L'appel des Marseillais
1. César, VII, 29, 6; Tacite, Hist., IV, 54; cf. t. II, p. 446-7.