‹ Histoire de la Gaule (volume 4)Chapitre 6 sur 776 · II. — DES CAUSES DE L'INTERVENTION HOMAINE · texte numérisé non relu

II. — DES CAUSES DE L'INTERVENTION HOMAINE

Mais c'était trop demander à des Gaulois que de ne pointj provoquer un peuple voisin et que de vivre d'accord entre eux.

Vers l'an 125 avant notre ère, à ce que racontent les historiens anciens, la peuplade des Salyens ravagea les terres des Marseillais, et les légions romaines vinrent à leur secours'. — Elles ne seraient peut-être pas sorties de la Provence si, vers l'an 121, un nouvel incident ne les avait entraînées plus au nord : les A.llobroges et les Arvernes s'étaient brouillés avec les Eduens, et ceux-ci, menacés chez eux, appelèrent l'armée du sénats — A coup sur, les Romains durent accepter avec joie les nouvelles occasions qui s'offraient à eux de se battre et dei conquérir : mais ce sont les Gaulois eux-mêmes qui les leur présentèrent, par leurs bravades imprudentes et leurs éternelles jalousies.

Il est d'ailleurs probable qu'ils ont eu, pour attaquer Marseille, des motifs plus sérieux que leur besoin de tracasser. Il y avait près de trois siècles que les Celtes et la colonie des Phocéens se trouvaient en rapport : et c'était la première fois qu'ils se querellaient. Autant le voisinage des tribus ligures avait été gênant pour les Grecs, autant ils n'avaient cessé de se louer des Gaulois. Marseille trouvait chez eux des hôtes, des clients et des soldats \ Par égard pour elle, ils firent bon accueil aux Romains de Publius Scipion, et quelques-uns même se battirent, pour le

1. Tite-Live, Epit., 60 : Salluvios Gallos, qui fines Massiliensium populabanlur ; Florus, I, 37 [III, 2], 3. \

2. Tite-Live, Epit., CI (ne parle que d^es Allobroges) ; Florus, ï, 37, 4 (parle des Arvernes et des Allobropes).

service du consul, contre les gens d'Hannibal*. Ils étaient les plus constants des philhellènes*, et, durant huit générations rien n'était venu troubler l'amitié réciproque de la fdle de Phocée et des nations gauloises. Pour qu'elle se soit si complètement rompue, pour que Marseille ait redouté ses anciens amis au point de vouloir contre eux le secours immédiat des légions, il faut qu'on ait eu à leur reprocher plus que de simples brigandages, et qu'une cause profonde soit venue briser l'antique alliance.

On peut chercher cette cause dans les événements mêmes qui ont précédé la rupture. Et ce sont la formation de l'Empire arverne, l'adhésion des Salyens de Provence à cet empire, son extension jusqu'aux portes de Marseille ^ La ville grecque ne se trouvait plus dans les mêmes conditions pour vivre et commercer; ses habitudes séculaires étaient menacées. Au lieu d'avoir à ses frontières une peuplade ou quelques tribus, faciles à contenir ou à acheter, elle touchait à un vaste royaume, riche en hommes et en ambitions, et qui tenait désormais tous les chemins et tous les marchés de la Gaule. A son gré, il pouvait les lui interdire ou ne les lui ouvrir qu'à prix d'or*; le commerce de la cité et sa sécurité même étaient à la merci de ses voisins. ' Elle avait sous les yeux l'exemple de Phocée, si heureuse au temps de Gygès et de Crésus^ devenue esclave et misérable lorsque le royaume de Lydie ne fut plus qu'une satrapie de l'Empire perse. Les villes helléniques étaient faites pour voisiner avec des tribus barbares ou de bons rois marchands, comme Crésus ou Arganthonios ^, et leurs pires ennemis furent les

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