VI. — LA VICTOIRE DES CIMBUES A NOREIA
La masse des émijjrants, remontant la Save ou la Drave, ]!énétra dans l'État gaulois de Norique'. Cette fois, ils furent assez heureux pour n'être point repoussés : ils s'avancèrent jusque près de Noréia (Neumarkt), qui servait de capitale au royaume-. Ils n'étaient plus qu'à cinq étapes de l'Italie.
Le sénat envoya sur place un consul et une armée. Les (iimbres connaissaient déjà le nom de Rome, et, comme tous les Barbares, ils s'inclinèrent d'abord devant ce peuple de dieux ^ : ils se déclaraient prêts à s'éloigner des Alpes et à évacuer le Norique. Mais le consul, Gnéius Papirius Carbon, décida de les attaquer quand même \
Il y avait, en cette année 113, vingt ans que Scipion Emilien s'était emparé de Numance. Depuis ce temps, Rome se trouvait sans grand capitaine et sans ennemi redoutable. Les guerres de Gaule etd'lllyrie furent à peine plus que des passe-temps. La discipline s'était relâchée ; les généraux cherchaient moins la gloire que le butin : ces campagnes des Alpes ne furent que des opérations de brigandage ''. Carbon et son armée allèrent au-devant des Cimbres comme s'il ne s'agissait que d'une chasse à l'esclave.
L'illusion se dissipa vite. Des maladresses et des perfidies furent commises par le consul ; le nombre et la bravoure des Cimbres leur fournirent une rapide vengeance. Beaucoup de Romains furent tués, et toute l'armée eût péri, sans un orage qui sépara les combattants ^ A la première rencontre entre
1. Posidonius ap. Strabon, VII, 2, 2; Tite-Live, Ep., 63; Appien, Illyrica, 4 (?) ; Cellica, 13; Eutrope, IV, 25 (Italiam pour lUyricani).