VIII. — LKS OPÉRATIONS DU CÔTÉ DE LA TERRE
Les Marseillais avaient confié à leur compatriote Apollonidès la défense de leurs murailles et de leur ville : il se montra légal (les Grecs illustres qui avaient jadis arrêté la fortune de Rome vl de ses proconsuls devant Athènes et Syracuse. Contre ïréhonius, ses légions et sa chaussée d'approche, il fit des prodiges de science, de ruse et de courage'.
Le général romain avait maintenant tous ses hommes, depuis qu'il n'était plus obligé de fournir à la flotte des équipages de combat ; et les G recs ne lui opposaient plus qu'un nombre restreint de défenseurs. Aussi put-il diriger plusieurs travaux à la fois. Pendant que, sur le col qui menait à la ville (place Centrale), la grande chaussée se terminait à la fin*, qu'elle se couronnait de ses man-
i. Cornutus, scholiaste de Lucain, p. 109, Usener : Massiliam aulem adversas Cxsarem defensavit Apollonidès, urbi qui prxfuit; il semble, d'après ces derniers mois, qu'ApoUonidès ait ét&, non pas un chef choisi h cet effet, mais le magistrat souverain (cf. t. 1, p. 435).
2. César écrit 11, 1, 1) que la terrasse fut construite par deux côtés à la fois, duabus ex partibus aggerem, vineas turresque ad oppidum agere, et il ajoute (1, 2) ; l'na erat proxima portui navalibusque, altéra ad porlam [partem'?], qua est aditus ex Gallia... ad laare. Je ne suis pas sûr que una et altéra se rapportent à pars et non pas à turris. En tout cas, le sens, selon moi, est le même. Trébonius établit la terrasse sur le seuil de la place Centrale (p. 584, n. 1 et 2): les travaux en furent commencés à la fois par le côté de la Juliette et par celui du Vieux Port (c'est-à-dire, si l'on veut se rendre compte sur place, par les deux côtés de la rue de la Répuhliquel. On bùlit d'abord, à chacun de ces côtés (au travers de la place Centrale, côté Joliette et côté Vieux Port), deux épaulements en charpente (Lucain, III, 396-8, 453-6), allant de la colline du camp à celle de la ville (des Carmes à la vieille ville); lospace intermédiaire fut rempli de terres et de branchages (396-8); puis, sur chacun des deux flancs de la terrasse, sans doute sur les épaulements en charpente, on éleva une tour, l'une, par suite, regardant l'anse de la Joliette et la porte de laule, et l'autre, le port (qu'on se représente l'une de ces tours au haut des esca-
rs de la place Centrale, côté sud ou rue Méry, et elle plonge vers la rue Négrel t vers la descente au port; l'autre, au haut des escaliers de cette même place Cen- :.ile, côté ouest, et elle plonge vers la Joliette, vers la haute mer et la route de ■ iule). — Contrairement a l'opinion courante (en dernier lieu, Meusel, édition
106, p. 301-3), qui parait fortifiée par un scholiaste de Lucain (Cornutus, p. IH, . ~ener), je crois que César n'a fait construire qu'une seule terrasse, et à cet
iidroit : 1° Lucain le dit clairement (111, 455-8); 2" César de même, qui dit faabus ex partibus aggerem (II, 1, 1) et non pas aggeres, et qui se sert toujours du >:iigulier (1, 4; 2, 6; 8, 1; 14, 5; 15, I); 3" s'il avait construit un second agger, c'eût été à gauche de ses lignes, sur le sol bas et marécageu.x du côté de la Bourse et du Vieux Port (cf. Maurin, Mém. de l'Ac. de IS'imes, VU" s., XXI, 1898, p. 476-7), et
telets et de ses deux tours', une autre entreprise fut tentée ;\ droite, dans le vallon qui descendait vers la mer (la Joliette) -. Là, à soixante pieds seulement du rempart', on éleva, en murs de briques blindés de nattes, une grande redoute haute de six étages, dont chacun était percé de meurtrières, garni de machines et pourvu de combattants *. Puis, sous la protection de cette tour, on construisit une galerie mobile en bois, mais bardée de tuiles, de draps et de cuirs % on posa la galerie sur des rouleaux, on enferma dans ses flancs une escouade de sapeurs avec des leviers
l'œuvre eût été là fort difficile, très exposée aux attaques par terre et par eau, et sans appui direct sur le camp: 4° lisez sur ces sortes d'ouvrages les très judicieuses remarques de de Folard (11, p. 489 et s.) : « Plusieurs terrasses, cela seroit tout à fait absurde si l'on considère la grandeur de ces sortes de travaux ».
1. César donne à la terrasse la hauteur de 80 pieds (11, 1, 4) : c'est excessif, même si on compte depuis le niveau le plus bas du seuil jusqu'au pied de la bulle et des remparts de Marseille (p. 584, n. 2); le scholiaste de Lucain (cf. p. 595, n. 2) donne 60 pieds, ce qui est plus croyable. Peut-être César a-t-il, comme à Bourges (p. 450), exhaussé la terrasse bien au-dessus du pied des roinparls.
2. II, 8, 1 : Qui dextram parlem operis administrabant : ce ne peut être que le vallon de la Joliette (le long du boulevard des Dames). — César ne nous dit pas ce que les soldats faisaient là. Il est probable, comme sur ce point le niveau de la ville s'abaissait, qu'on creusait des mines contre les remparts, et qu'il faut placer là les travaux dont parle Vitruve (X, 16, il) : contre les mines des assiégeants, dit-il, les Marseillais creusèrent plus profondément leur fossé, si bien que ces mines vinrent déboucher dans ce fossé [dans les terrains bas, vers le quai de la Joliette et le boulevard de La Major]; là où il n'y avait pas de fossé, les Grecs établirent dans la maçonnerie du mur une piscine [plus haut, vers la rue du Panier et la rue des Belles Écuelles, qui manjuent, selon moi, la ligne des remparts de ce côté], piscine qu'ils remplirent à l'aide des eaux des puits et du port, et que la mine ennemie vint perforer, ce qui inonda le travail des assiégeants
vers la rue du Refuge, au bas de la butte des Moulins]. — Jehan de Tuim (p. 48) parle d'une tour bâtie par les Marseillais dans le vallon de la Joliette, « pour cou c'on ne les peust grever par le valee » : si ce détail est exact, cela a pu être une tour venant renforcer le rempart du côté de la porte de la Joliette, et cela expliquerait la construction, contre cette tour, d'une tour romaine lixe (n. 3, et p. 597, u. 2).
:i. C'est la longueur du musculus (11, 10, 1 ); sub muro (11. 8, 1 ; 14, 4); à portée de trait (11, 3); cf. n. 5. — On peut placer la tour dans le vallon de la Joliette, au bas de la rue du Petit Puits (cette dernière étant, je crois, laucienne roule des Gaules), le musculus suivant la direction de cette rue, et allant heurter, au bas de la rue du Panier, à la place des Treize Coins, les remparts, la tour ennemie et la porte de la Joliette. U est visible, en ellel, que ces deux constructions visent la porte de la ci lé (U, 8, 1) et sont en terrain plan. — Sur cette tour, dont la construction a forl occupé les Modernes : Guischardt, II, p. 39 et s., III, p. 4S0 et s.; de Lo-Looz, Hech. d'anliquUés militaires, p. 38 et 8.; le même, Défense, p. 37 et s.; Sloffel, 1, p. 90 et 3., p. 295-6.
4. Il, 8-9 : César décrit longuement la manière dont celte lour fut bàlie.
5. Il, 10 : longue description de la galerie, musculus. Cf. de Folard, 11, p. 523 et buiv.; Guischardl, II, p. 43 et suiv. ; Slolfel, I, p. 93 et suiv., p. 290 et suiv.