MARIUS EN PROVENCE
Il se mêlait à eux, partageait leur vie, leur parlait en camarade : et les hommes connaissaient vite que le consul et eux étaient attachés à une œuvre commune \
Chef excellent, Marins ne fut pas un grand capitaine ; que Rome ait fait de lui un dieu-, c'est pur engouement de parti, et parce que les Cimbres avaient inspiré une grande peur. Il apparut, dans ses campagnes, plus sage que hardi, parfois timoré, d'une imagination assez courte et d'une prudence consommée. Il n'était point destiné aux vastes opérations, audacieuses et compliquées : mais il préparait à fond une bataille, et il ne laissait rien au hasarda S'il lui manquait l'envergure d'un conquérant, il était fait pour ne rien craindre d'un adversaire et d'un danger.
On le savait à Rome, on pressentait en lui l'obstacle désigné par les dieux pour arrêter le péril barbare*. Une fois envoyé en Gaule, on ne voulut pas qu'il revînt sans avoir combattu, on l'y laissa, et toujours avec le titre de consul, décerné en son absence et continué chaque année, toutes choses contraires aux lois ou aux coutumes (104-102) ^
Car, devant le danger qui s'approchait, on imposait silence aux lois, et les habitudes romaines s'oubliaient. L'armée et l'état-major de Marius offraient un étrange spectacle. Il s'y trouvait des hommes et des dieux venus des points les plus opposés de l'Empire, comme si l'Italie avait fait appel à toutes
1. Plutarque, 7 et 14; Salluste, J., 92, 1-2; 100, 4 : VU militibus exœquatus cuin imperatcre labor volentibus esset.