LES PROVINCES ROMALNES DE GERMANIE
Ces peuplades qui bordaient le fleuve, les territoires militaires qui senclievêtraient au milieu d'elles, ne firent point partie des provinces de Gaule. On les laissa groupées en deux gouvernements distincts, la Germanie Supérieure aA'ec Mayence pour chef-lieu, et la Germanie Inférieure avec Cologne'.
Ce nom de Germanie qu'on leur donna, cet autel de Cologne avec ses assemblées de prêtres germains, faisaient croire au monde que la Germanie demeurait captive. Mais ce sont là de ces beaux titres officiels qui dissimulent les défaites, de ces formules politiques et de ces cadres religieux qui, dans le monde d'autrefois, continuaient les réalités disparues. La province romaine de Germanie n'est plus qu'une orgueilleuse façade survivant à un édifice écroulé.
1. Ici se pose le problème, si souvent discuté, de l'origine des deux provinces de Germanie. — Il n'est point douteux, à mon avis. qu'Auguste, peut-être dès Drusus, au plus tard après l'expédition de Tibère (p. 113, n. 3, et p. 117, n. 7), n'ait constitué en province, distincte de la Belgique et de la Gaule Chevelue, la Germanie jusqu'à l'Elbe {Res g., 5, 11-2, p. 103). Et il me parait aussi impossible, vu que cette Germanie relevait de l'autel des Ubiens sur la rive gauche (Tac, Ann., I, 57: p. 118), que les Germains de cette rive gauche n'aient pas été incorporés à la province. Après le désastre de Varus, il est bien difficile que ces Germains cisrhénans aient fait retour a la Belgique. Il est plus vraisemblable qu'ils en demeurèrent séparés, appartenant toujours à ce que l'on continua d'appeler la province de Germanie : mais il n'y eut plus, après Germanicus, de gouverneur ou légat général de province pour la Germanie (regimen summœ rei). et on laisse l'administration de ce district aux légats d'armée, conservant leur titre ancien de legalus exercitus siiperioris et inferioris Germaniae (Tac, Ann., I, 31, 36: VI, 30). Il est d'ailleurs probable que, pour certaines aiïaires administratives, ces deux Germanies ont dépendu des fonctionnaires de la Belgique (p. 422, n. 1, p. 424, n. 4 et 6). — A la suite de cette mutilation de la Germanie on attribua définitivement à cette dernière Séquanes. Bauraques, Helvètes et Lingons (Tac. Ann., I, 34: III, 45; Pline, IV, 106). Cette incorporation s'expliquait d'autant mieux qu'après le désastre de Varus on a dû mettre en état de défense les routes stratégiques de la Suisse, du Rhin à Lyon, de la Moselle à Langres (cf. Tac, H., I, 54; ici, |). 84, n. 7). Du reste, ces quatre cités n'en demeurèrent pas moins du ressort religieux de l'autel du Conlluent (p. Ul). — Voyez, sur les origines des provinces de Germanie, entre autres : Fechler, Helvelien in der vorkonstantinischcn Provinzialeintheilung Galliens, 1839 (Schwci:erisches Muséum, III); Roulez, Bulletins de l'Ac. ... de Belgique, XXIU, I, 185G, p. 7G3-772; Ilirschfeld, Comment, pliil. in hon. Th. Mommseni, 1877, p. 433-447 (Die Verwaitung der Rheingrcnze) ; Riese, Forsch. :ur Geschichte der Rhdnlande, Francfort, 1889 (progr.); Koepp, 2° éd., p. 69.
136 DRUSUS, GERMA NICLS, ARMINIIS.