LES ARMEES ROMAINES DU RHIN
vingt ans et davantage, pendant lesquels il ignorait tout du monde civil. Au sortir du camp, il irait peut-être dans une colonie, très loin de son pays d'origine'. Le foyer de la cité n'existait plus pour lui, ni celui de Rome, ni celui de sa ville natale. Ses intérêts étaient les gains que lui offrait la vie militaire, solde, gratifications, récompenses, butin et pillage; ses affections, celles de la tente ou du faubourg, camaraderies et concubinages; les dieux qu'il adorait, ceux de la légion ou de la cohorte, et les Génies des lieux où il campait. Pour tous ces hommes, la vraie patrie est l'armée, la vraie ville est le camp, et non pas Rome ou la Gaule-. Et, comme cette armée est la principale force matérielle de l'Empire, en face de provinces sans milices, de cités sans remparts, de bourgeois sans armes, comme ces soldats sont nombreux, vivent ensemble, se sentent les coudes, mettent en commun leurs rêves et leurs colères, ils sauront, le jour venu, parler en maîtres ^
Mais l'armée du Rhin n'est pas la seule de l'Empire. Il y a aussi l'armée du Danube, celle de l'Euphrate, la garnison de Rome, les armées moindres de l'Egypte, de l'Afrique et de l'Espagne. Chacune a ses habitudes, ses intérêts, ses ambitions. Si l'une d'elles veut commander, c'est la guerre entre toutes. Et les batailles entre les armées de l'Empire remplaceront celles où, avant les victoires de Rome, se combattaient les rois et les peuples^.
De quelque manière qu'on envisageât l'avenir, ces grandes armées permanentes étaient un formidable danger pour ce monde gréco-romain qu'elles avaient la mission de protéger contre les Barbares. Après tout, le meilleur moyen d'écarter