‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 189 sur 792 · Suét., Tib · texte numérisé non relu

Suét., Tib

ILiO DRUSUS, GERMANICUS, ARMINIUS.

vers une gloire toujours plus grande, il le fit se retourner peu à peu vers l'idéal nouveau de la paix, et se plier aux habitudes monotones de la vie courante.

Assurément, le conseil suprême d'Auguste et la volonté persistante de Tibère ne firent point toujours loi pour les empereurs : à chaque nouvelle génération, nous verrons des princes, fous ou héroïques, reprendre les projets de Jules César dictateur. Mais c'est l'au-delà du Danube ou de lEuphrate qui les attirera surtout, et rarement les grandes plaines et les forêts de la Germanie. Depuis le Taunus jusqu'à la mer du Nord, la frontière va rester immuable, et Cologne ne cessera plus d'avoir des Barbares en face d'elle. Ces ponts du Rhin, d'où les conquérants des premiers temps de l'Empire, César, Drusus, Tibère, Germanicus, étaient partis pour leurs plus lointaines ambitions, devinrent des fins de terre romaine, fermées aux espérances de gloire. Y a-t-il eu, pour cette partie de la frontière, des décisions solennelles, prises par Auguste et Tibère, et engageant tous leurs héritiers? Le désastre de A'arus fut-il regardé comme un signe de la volonté des dieux? Les empereurs jugent-ils, maintenant qu'ils la connaissent, que la Germanie ne vaut pas la peine d'être prise? Je ne sais : mais, jusqu'à la mort du dernier empereur, une sorte d'interdit pèsera sur elle.

Je ne crois pas cependant que la conquête en fût impossible. Le désastre de Varus, ainsi que la victoire d'Ambiorix, était un accident qu'expliquaient les circonstances du moment : il n'avait pas la portée générale de la défaite de Crassus chez les Parthes, qui, celle-là, montra bien le danger éternel des guerres orientales. Dans ces tribus de la Germanie, si nombreuses et toujours en discorde, Rome eût trouvé sans peine des alliés pour faire la moitié de sa besogne. Arminius, même victorieux, n'avait rien pu fonder contre elle. Qu'on ne dise pas que la possession de la Basse Allemagne eût entraîné et comme allongé l'Empire latin loin de ses centres d'équilibre et de force, Rome, l'Italie

CONSÉQUENCES DE LA POLITIQUE D'ABSTENTION. loi

et la Méditerranée. Regardez sur la carte la grande voie de la conquête, par Cologne, Hanovre et Berlin : elle s'éloigne du Rhin, mais elle reste parallèle au Danube, qui, depuis Auguste, est bordé de garnisons impériales; si les Romains avaient voulu prendre la Germanie, ils auraient pu l'attaquer sur trois points à la fois, par la mer et les deux fleuves, mouvement enveloppant qui ne leur a été possible ni contre la Gaule ni contre l'Espagne. Ne parlons pas davantage de distances : il y a le même intervalle entre Berlin et Vienne qu'entre Berlin et Cologne, et, depuis Auguste encore. Vienne est devenue une des places fortes de la frontière romaine. On va de Rome aussi vite à Berlin qu'à Paris : Tibère, entre deux campagnes sur le Weser ou l'Elbe, allait passer au Palatin les fêtes de l'hiver'; et il ne fut pas plus difficile à Othon qu'à Charlemagne de se faire couronner empereur. De même, rien n'empêchait le peuple romain de s'installer à Berlin et à Hambourg, comme il l'avait fait à Paris et à Cologne. S'il y a renoncé, ne croyons pas qu'il a dû céder à quelque loi irrésistible de la nature : en cette affaire, tout est venu de la décision des hommes et du hasard des circonstances.

On peut regretter pour le peuple romain qu'il n'ait point fait cette conquête. Il aurait eu dans la Germanie ces ressources en soldats qu'il fut bien obligé d'y chercher plus tard; et il les aurait prises à sa guise, je veux dire sans ces exigences qui feront un jour des empereurs les ministres de leurs auxiliaires barbares. Appuyé dès le début sur des troupes germaniques, l'Empire eût été plus fort à toutes ses frontières. La poussée des invasions, réduite aux Slaves et aux Huns, eût été moins redoutable ; et Rome se fut assuré de plus nombreux siècles de grandeur.

On peut le regretter aussi pour l'Allemagne. Elle lit un fort médiocre emploi de la liberté que sa victoire lui rendit. Si la

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