VIII. — UiNIFICATIOX DES STATUTS PROVINCIAUX
Ces mots de « liberté » et d' « alliance » s'étaient donc rapidement éloignés de leur sens originel, comme ceux de Latium et d'Italie. Ce n'étaient plus, eux aussi, que des échos de faits d'histoire, transformés en noms de fantômes juridiques'.
Ils perdaient chaque jour un peu de leur valeur. Que pouvait être un contrat d'alliance entre la petite cité des Rèmes et l'énorme Empire romain? ou la liberté de la cité marseillaise, enclave de vingt-cinq mille hectares - perdue dans l'immensité d'une province? En fait, si les listes des géographes et quelques formules de dédicaces ne nous faisaient connaître leur qualité de nations fédérées ou autonomes ^ aucun événement d'histoire, aucun texte de loi ne nous montreraient dans leur vie la réalité d'un privilège. Reims est la capitale d'une cité fédérée", et c'est là pourtant que réside le gouverneur de la Belgique \ Les Lingons, eux aussi, sont d'antiques alliés de Rome'', et cela ne leur épargnera pas des camps ou des garnisons'. Les Eduens sont mieux encore, le peuple « frère du peuple romain » % et nous les avons vus se révolter sous Tibère à cause du tribut qu'on leur infligea II est possible que ce tribut soit contraire à leur statut d'autonomie : mais cela prouve que ce statut est subor-
1. C'est iieul-èlre ce que veut dire Gaius dans un passage très abiiaé (11, 27) : [In provincia... ne qLii]dcm uUa libéra civitas [est.
2. L'étendue actuelle du territoire de Marseille, 22 801 hectares (23 914 en 1820), doit correspondre à peu près à celui de Marseille romaine, puisqu'on trouve la tribu d'Arles jusque dans le pays d'Aubapne (G. /. /.., XIII, 598, 609; cf. 594).