‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 382 sur 792 · POLICE UE SL'RETÉ GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

POLICE UE SL'RETÉ GÉNÉRALE

druides'. Admettons qu'il y ait eu à cette hostilité des motifs politiques : les Chrétiens espéraient et les druides regrettaient un ordre de choses différent du" régime actuel. Ces persécutions n'en montrent pas moins que, si l'intérêt de l'Etat était en jeu, il n'y avait plus à invoquer la liberté de croire ou de prier. Parmi les rites druidiques, un proscrivit les meurtres rituels- : ce qui fut sans doute moins dans l'intérêt de l'humanité que dans celui de l'Etat, soucieux de réserver les exécutions capitales à ses maîtres des hautes œuvres. Alais on interdit bien d'autres pratiques, comme l'usage d'amulettes ou de talismans. Porter sur soi un « œuf de serpent », passa pour une faute grave, et, dans certains cas, pour un vrai crime, qui entraînait la peine de mort'. Et en notant cela, maintenant, nous sommes tentés de parler d'odieuse intolérance et de despotisme incohérent : on laissait le IJélénus celtique trôner dans ses temples, et on décapitait un porteur de fétiche gaulois.

Ces hommes, les Césars et leurs ministres, étaient logiques en leur conduite. D'une part, ils aimaient, ils craignaient, ils voulaient se concilier tous les dieux. D'autre part, rien ne les effrayait plus qu'un acte de sorcellerie, une parole magique, une menace prophétique. Pour le salut de l'Empire et pour leur propre sécurité, les empereurs adoraient Bélénus et proscrivaient l'œuf de serpent. Ils faisaient comme ont fait tous les chefs d'État : ils dirigeaient suivant les croyances de leur temps l'exercice de leur police souveraine.

La surveillance des propos et des discours ne pouvait être bien faite qu'à Rome même. En Gaule, il n'y a qu'à Lyon un corps de police impériale*. Partout ailleurs, l'espionnage d'Etat est laissé à l'initiative des soldats, des esclaves ou des aiïranchis du prince, des employés municipaux, et surtout des sycophantes

1. Plus liaut, p. 17'J : sinon les personnes, du moins les rites.

de profession', tous gens embusqués dans l'espoir d'une délation profitable. Beaucoup de choses échappaient sans doute à ces volontaires de la police. En temps ordinaire, dans ses paroles, discours, croyances et gestes, le provincial est assez libre. Tu peux dire du mal de César, dit Epictète au paysan, il n'en saura ou n'en fera rien : sil punissait tous ceux qui linjurient, il n'aurait plus sur qui régner-.

J^a terre est peut-être moins libre que 1 homme, le travail rural que le culte des dieux. L'Etat romain continue à exercer un droit de contrôle sur la façon dont le sol est entretenu, et il peut, à son gré, interdire ou limiter tel mode de culture. C'est ainsi que, de temps à autre, on ordonnait d'arracher des vignes ou on défendait d'en planter de nouvelles : soit que les empereurs favorisent la vente des crus italiens, soit qu'ils veulent que la province produise plus de blé et moins de vin, ils ne craignent pas d'user, contre les vignobles de la Gaule^ du droit conféré par la conquête sur les terres vaincues^

Ces droits de surveillance et de contrôle, cette police qui s'exerce à la fois sur les hommes, les gestes, les paroles et les terres, ne dépassent pas la portée habituelle de l'autorité publique. On retrouverait aisément ces principes et ces pratiques dans les Étals modernes, les communes chrétiennes et les cités grecques. La monarchie française, elle aussi, a fait la guerre aux vignobles*, et tous les Etats, grands ou petits, despotiques ou libres, ont, à leurs heures mauvaises, persécuté d'innocents fétiches.

1. p. 235-6. 2Si). .301-2, 142-3. 420-1, 422-4. Cf. p. 231. n. 5.

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