POLICE UE SÛRETÉ GÉNÉRALE
A voir même les choses de près, il semble probable que la tyrannie du pouvoir souverain a été, sous la monarchie romaine, moins minutieuse et moins efficace que dans les cités antiques et les Etats modernes. Les circonstances, à défaut des droits, ont modéré son action. L'Empire était trop vaste, la capitale trop éloignée des provinces, les agents de l'Etat trop peu nombreux, pour que la liberté ou la désobéissance ne fût point facile et ne restât pas impunie*. Rappelons-nous que les empereurs n'entretiennent de bureaux permanents que dans les quatre ou cinq plus grandes villes, métropoles des provinces de la Gaule; la presque totalité des cités, quatre-vingts, sont soustraites en temps normal à la surveillance de l'Etat. N'oublions pas aussi que l'Empire romain n'avait pas organisé un service d'inspection périodique : et dans un grand État, tel qu'est par exemple la France d'aujourd'hui, le corps des inspecteurs, bien plus que celui des fonctionnaires de résidence, est la véritable garantie de la puissance publique. Ce qui, enfin, limita cette puissance dans la Gaule des Césars, c'est que le despotisme d'un seul maître y succéda tout d'un coup à l'extrême indiscipline municipale- : les empereurs avaient tout intérêt à y ménager des transitions, et d'ailleurs, quel que fût leur pouvoir, il n'allait pas jusqu'à transformer brusquement la nature de ces hommes. — Nous avons déjà vu souvent comment ils ont su, dans le gouvernement des Gaules, accommoder le principe de leur toutepuissance avec la tradition des libertés expirantes ^
Nous allons constater un semblable effort de conciliation même en ce qui concerne les deux droits les plus impérieux d'un Etat souverain, celui de lever des soldats et celui de lever des impôts.