T. III. p
6. Il ne faut pas oublier deux choses : l'une, c'est que Lyon avait déjà ses résidents italiens (t. III, p. 142), l'autre, c'est que la mort de César interrompit, mais en partie seulement, des projets coloniaux déjà arrêtés par lui (Dion, XLIV. 51,4). — Il ne serait pas davantage impossible d'attribuer à César la fondation de marchés centraux à Angers (JuLiomagus ^= «forum JuLii ») chez les Andécaves, à Beauvais {Cœsaromagus} chez les Bellovaques. à Lillebonne {Juliobona =« forum Juin? •) chez les Calètes, d'une ville capitale à Tours {Csesarodunum) chez les Tarons, d'une bourgade à Aire sur TAdour (vicus Julii plutôt que viens Julius) chez les Aquitains. Cf. p. 87.
L'avenir seul l'intéressait de plus en plus. Traditions, souvenirs, coutumes, la défroque historique des peuples vaincus et de sa patrie même importait fort peu à ce briseur de nations et d'hommes. Il distribua le titre de citoyen romain à tous ceux qui le désirèrent. Les Gaulois de la Transpadane le reçurent de lui\ Des milliers de soldats venus de Aarbonnaise l'obtinrent d'un coup, au moment où il forma la légion des Alouettes'. Il l'accorda même aux officiers celtes qui le suivaient, gens de Poitou ou d'ailleurs^ : et, moins de dix ans après la fin de l'indépendance de leur nation, les rois et fils de rois de la Gaule s'apprêtèrent, comme membres du peuple souverain, à exploiter le monde à leur tour. Quelques-uns de ces nouveaux citoyens arrivèrent presque d'emblée à la dignité de sénateurs*, et ils furent invités à entrer dans cet étrange sénat créé par César,
i. Cf. p. IG; cf. p. 450, n. 3.
2. T. III. p. 574-0. — Une opinion qui parait s'accréditer est la suivante (Kornemann ap. Wissowa, IV. c. 517-9) : César aurait donné à toutes les cités de la Narbonnaise, en dehors des colonies nommées plus haut (p. 31-2), le j((s Latii (cf. p. 244-6) et le titre de colonie. La seconde chose parait difliciie, vu que Pline, qui emprunte sa liste à Agrippa (mort en 12 av. J.-C), ne les appelle encore quoppida latina, en les opposant, assez visiblement, aux colonise (III, 30-7) : l'hypothèse de Kornemann (c. 519), que cette mention sous le titre oppida s'expliquerait par le retrait, sous .Vuguste, des privilèges coloniaux, cette hypothèse ne s'appuie sur aucun argument, aucune raison. En revanche, l'octroi du jus Lalii à ces cités de la Narbonnaise (non coloniales) est possible, précisément à cause de l'emploi par Pline de cette expression d'oppida latina, et à cause du texte de Strabon (IV, 1, 12), donnant ce même titre à Nîmes avant la colonisation de cette ville par Auguste; je dis possible, non certain, car celte latinité a pu être accordée entre la mort de César et le temi)s d'Agrippa. — Il est encore possible, va l'insistance de Strabon sur la latinité de Nîmes, que celle-ci l'ait regue seule et spécialement de César, et les autres, après 44. — II ne mé paraît pas possible, dans le texte de Strabon, de ne pas corriger iyo-j'jxi en k'/o-j^a, et de ne pas rapporter le mot à Nîmes. — Sur cette question, qui se prête à des hypothèses fort variées, cf. Hirscbfeld, C. l. L.. XII, p. 833 et 381. Ici, p. 77, n. 1,'p. 245, n. 2, p. 356, n, 5.
3. Cela résulte de Suétone. César, 76, 3; 80. Julios Durai., dans les monnaies des Pictons (Cab., n"' 4478-82; cf. t. III, p. 422): peut-être Julius Togirix chez les Séquanes (n"' 5632-6), Gains Julius Agedomapatis (a"' 4599, 10412: Blanchet, p. 391 : cf. C. /. L., XIII, 10i2-5). La presque totalité des chefs municipaux de la Gaule mentionnés pur Tacite s'appellent Julius, qu'ils soient santons, éduens, trévires, lingons, rèmes et bataves même (p. 178, n. 2, p. 91, n. :!, p. 157, n. 1, p. 201, n. 4-0, p. 210, n. 3, p. 202, n. 4). II est vrai que leurs ancêtres ont pu recevoir ce nom et le droit de cité, non de César, mais d'Auguste ou de Tibère.
4. E semibarbaris Gallorum, Suèt., César, 76, 3; 80. Cf. ici, p. 250-7.
38 l'empire de ROME ET DE CÉSAR.
ramassis d'hommes accourus de tous les points de la terre'. On se moquait d'eux à Rome, quand ils demandaient le chemin de la Curie-. Sur le passage de César, pendant son triomphe, les soldats chantaient en ricanant : « Il mène les Gaulois derrière son cliar. mais c'est pour les conduire au sénats » — C'était rompre du même coup les peuplades gauloises et la patrie romaine, et remplacer, sans transition, une cité maîtresse et des nations sujettes par un peuple miraculeux, embrassant le genre humain.