‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 470 sur 792 · L ESPRIT MUNICIPAL · texte numérisé non relu

L ESPRIT MUNICIPAL

que de la patrie municipale, et l'orgueil de ses citoyens ne faisait que s'en accroître.

Qui sait même si, tout compte fait, cet esprit municipal n'a point gagné plutôt que perdu à la domination romaine? Avant la conquête, l'amour d'un Gaulois pour sa cité natale était tellement pénétré d'ambitions et de haines personnelles, qu'il l'entraînait souvent dans les pires dangers : qu'on se rappelle, chez les Éduens, Dumnorix soudoyant les Helvètes et Diviciac implorant César'. Sous le régime des empereurs, le patriotisme local, débarrassé des chimères politiques et des entreprises lointaines, s'affina et s'humanisa. Il devint un sentiment plus fixe, plus précis, plus intime et plus tendre; il s'attacha davantage au sol natal, aux dieux qui y séjournaient, aux villes qui en étaient l'ornement. Patriotes ou ambitieux mettaient leurs espérances ou leur gloire dans des édifices qui porteraient leur nom et qui rendraient service à tous, dans des fêtes oii se réjouirait la foule, dans des sacrifices qui seraient agréables aux Génies de la nation. Les meilleurs d'entre eux célébraient avec émotion les beautés ou les grâces de leurs villes, la douceur des paysages au milieu desquels ils avaient vécu, les légendes et les héroïques souvenirs qui restaient liés au nom de leur peuple-. 11 en advint du sentiment municipal comme des institutions de la cité et de l'aspect de ses bourgades : il se modela sur l'idéal classique, il revêtit cette forme religieuse, paisible et poétique, qui avait donné tant de charmes à la vie des cités de Grèce et d'Italie.

2. Ausone, Ordu urhium, 128 et s.; Panegyrici, VlU [V], 3 et 14, liu'hreiis.

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