II. — DE I/ORGANISATION DE LA FAMILLE
De ces familles gallo-romaines, ce que nous connaissons le mieux, ce sont des noms, des tombes, des épitaphes. Il en est de leur vie comme de celle des cités : elle ne se montre à nous que par des inscriptions et des monuments, autrement dit par des formules et des façades de convention. L'infirmité naturelle de l'histoire l'oblige à s'arrêter devant des apparences.
A ne juger que par l'extérieur de ces tombes et le texte de ces épitaphes, la famille gauloise ne différait plus de la famille romaine : je ne parle ici que de l'organisation intérieure et des situations juridiques. Degrés de parenté, mariages, rapports entre les proches, testaments, affaires de succession ou autres, tout semble s'exprimer et se régler, dans la Gaule Chevelue comme en Narbonnaise, d'après les formes et les mots traditionnels du droit latin''. Si les Celtes ont conservé quelques cou-
1. Voyez le Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine d'Espérandieu, 4 v. parus, 1907-1911 ; C. I. L., XII, 2319; de.
2. Meinoriœ seiernœ; cf. llirschfold, C. I. L., XII, p. 963-4.
3. Cf. C. I. L., XII, p. 963 {jiarenlelœ et necessiludines), 966 {ieslamentum), 963 et s. (sepulcra eorumque jura); ces mêmes rubriques, C. /. L., XIII [à paraître].
tûmes nationales en matière de famille', elles ne visent que des cas exceptionnels ou des détails de procédure, en dehors de la vie courante : celle-ci se déroule suivant des usages pareils aux usages de Rome.
J'ai déjà dit que la Gaule ne dut éprouver aucune peine à les accepter. Voici, par exemple, la puissance paternelle et l'autorité maritale : au temps de César, elles étaient assurément plus étendues chez les Celtes que chez les Romains-. Il n'est point douteux que la domination impériale les a peu à peu ramenées en Gaule aux limites qui les enfermaient en Italie, limites naturelles dans une civilisation plus douce et nécessaires dans un Etat plus fort. Mais qui sait si le droit gaulois ne serait pas venu de lui-même à restreindre ces antiques pouvoirs domestiques? Rome ne les avait-elle point transformés chez elle au temps des consuls, sans aucune intervention étrangère^? Le changement qu'elle impose maintenant à la famille celtique, soyons sûrs qu'il se serait produit tôt ou tard, sous l'influence de mœurs plus faciles et d'une vie moins agitée.