‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 473 sur 792 · Ici, p. 239-2HI · texte numérisé non relu

Ici, p. 239-2HI

Assurément, qu'une famille de prolétaires forme une lignée de même vocable, qu'elle s'appelle la ffens Secundinia ou la gens Severia, cela ne lui enlève rien de sa misère matérielle et de sa dépendance sociale : mais cependant, c'est pour elle s'éloigner du néant, c'est l'occasion d'un premier orgueil, que de porter un nom qui peut durer. Et cet orgueil avait été interdit aux Gaulois d'avant la cité romaine, chez qui les noms étaient individuels et la famille anonyme'.

Plus que jamais, cette durée de l'unité familiale s'étalait alors chez les riches et les nobles. La servitude politique ne leur avait rien fait perdre de leur amour-propre dynastique. De même que les cités de la Gaule', les maisons des grands gardaient la tradition de leur histoire et célébraient les mérites de leurs membres. L'usage des tableaux généalogiques persista sous les empereurs. On se glorifia toujours de descendre d'ancêtres fameux, chefs, rois ou druides^

Nul être humain ne peut se soustraire à ce désir de se survivre par son propre souvenir et par le nom de sa famille. Il germait obscurément dans les âmes de tous les Gaulois. Les temps romains lui permirent enfin son plein épanouissement, en répandant sur notre sol l'usage des tombes à figures et à inscriptions.

Les plus riches se passionnèrent pour de somptueux mausolées à la façon romaine, qu'ils se plurent à orner de portraits et de bas-reliefs, à couvrir de noms et de titres : par là. ils imposaient à la postérité leur mémoire et celle de leurs ancêtres plus fortement que par des récits familiaux ou par des chants de cérémonies : à la parole et au discours succédèrent l'inscription et la pierre, gages plus sûrs d'immortalité". Cela valait bien

3. Tacite, Hisl., IV, 55; Annales, III, 40; Ausone, Professores, o, 7-9; il, 24-28.

4. Mausolées de Saint-Remy (C. /. L., XII, 1012; Espérandieu, n" 114), de Lanuéjols (.\III, 1507; Espérandieu, n" 1733), d'Igel (XIII, 4200). et bien d'autres, dont les débris mutilés apparaissent dans les musées. Cf. t. 11, p. 09-70.

DE l'organisation DE LA FAMILLE. 369

mieux que les poésies des bardes pour éviter à la famille cette rupture d'avec les ascendants, cette ignorance de son passé qui diminuait sa force morale et sa valeur religieuse.

La plèbe, elle aussi, se laissa gagner par la coutume des tombes parlantes, je veux dire portant images et épitaphes : elles devinrent l'ambition des plus pauvres'. Tous aspiraient à une éternité qui fût visible, ils la voulaient pour eux et leurs descendants, sibi et nuis, et, de cette éternité, le monument de pi.erre, avec son indélébile formule, devait être le soutien à travers les âges-. Si la vie familiale se mesure au nombre et au culte des tombeaux, ce fut au temps des empereurs que, sur la terre de France, elle atteignit son apogée. Aucune période de notre histoire n'y est marquée par plus de vestiges funéraires.

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