‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 485 sur 792 · D'Arbois de Jubainville, p. 140-2; ici, n · texte numérisé non relu

D'Arbois de Jubainville, p. 140-2; ici, n

5. Voir le livre cité de d'Arbois de Jubainville, et Holder, 1. c. 20-31; 111 (supplément), c. 483-496; auparavant, Quicherat, La Formation française des anciens noms de lieu, 1867, p. 34-41. — La question est de savoir si quebiues-uns de ces noms en -acum ou -anam ne désignent pas autre chose que des noms de propriétaires -.Soliacus, « la maison seule », Floriacus, « la villa des fleurs », Aemetacum, « la villa du sanctuaire ». Ce n'est pas absolument impossible, mais n'est point encore prouvé: cf. d'.\rbois de Jubainville, p. 173-8. — La question est aussi de savoir si dans ces localités, B'ieury par exemple, le nom n'a pas été apporté au

Assurément, toutes les périodes de notre histoire ont laissé des empreintes semblables sur le sol rural. Il présente des noms de propriétaires remontant à chacun des vingt siècles de notre passé connu; et, autour de nous encore, nous voyons à tout instant des noms de ce genre qui se fixent sur une portion de la terre pour la déterminer dans l'avenir. Mais aucune époque, dans cette liste indéfinie, n'aura fourni plus de noms que celle des Gallo-Romains.

Cela tient d'abord à la manière dont ces iiommes vécurent, et ensuite, aux événements qui suivirent les temps impériaux. — Pour les Latins, le domaine, comme la famille, devait porter un titre. Une terre avait ses dieux, ses autels, ses limites sacrées : pourquoi n'aurait-elle pas eu son nom? Tout ce qui durait dans le temps, tout ce qui se fixait sur l'espace recevait un vocable qui servait à le définir. Les Gaulois, qui n'avaient pas ignoré l'usage des noms de terres, s'y habituèrent de plus en plus sous l'influence des coutumes romaines, et ils finirent par le répandre à profusion : on peut admettre qu'il ne déplut pas à leur orgueil de propriétaires. — Si, plus tard, tant de ces noms gallo-romains se sont refusés à disparaître et sont venus jusqu'à nous, c'est parce que les domaines qui les ont reçus n'ont cessé de grandir en importance. A chaque génération de l'Empire, la vie y était plus intense, les maîtres y séjournaient plus fréquemment, et à la fin. devant les Barbares qui approchaient, le château s'est fortifié, les habitants se sont abrités plus nombreux sous sa protection, une communauté s'est formée dans le cadre d'une villa gallo-romaine' : comment

Moyeu Age ou dans les temps uioderues par uu propriétaire de ce uom : le Fleury de Saint-Cloud, par exemple, doit son origine à un Jean Fleury, secrétaire du roi en 143.") (Lebeuf, Hist. ... de Paris, III, éd. de 1SS3, p. 37). Toute élude toponymi(iue exige d'abord de bien arrêter l'histoire de chaque localité, les vicissitudes de son nom : ce que l'on peut faire à l'aide des dictionnaires topographiques de départements (27 volumes parus, le dernier est le Dict. loponr. du départ, de rAude, de Sabarthés, 1912) et des tables de cartulaires (cf. Stein, Biblio<jraphie tjénérale des cartulaires français, 1907). 1. Ici, p. 378, n. I, p. 5o4-o, OO.j-GOG, et t. VI.

aurait-elle pu oublier ou perdre son nom, alors que sa personnalité morale et politique s'était développée sans relâche?

C'est qu'en effet les domaines dont nous parlons étaient assez vastes et assez riches pour déterminer et nourrir à eux seuls une petite société humaine. Si nous jugeons de leur étendue d'après celle des paroisses ou communes qui les ont remplacés, ils devaient s'étendre chacun sur un millier d'hectares et le plus souvent davantage '. C'était de quoi faire très bien vivre au moins un millier d'hommes'. Ceux-ci n'y manquaient d'aucun des éléments essentiels à leur vie : ils y trouvaient l'eau des sources, le blé ou le millet des terres, le poisson des étangs, les bestiaux des pâturages, le bois et le gibier de la forêt, la forge, le four et l'autel. Avec le château du maître qui servait de capitale % les communs qui concentraient les services, les fermes qui se partageaient l'exploitation, les bois qui bordaient ses frontières, un grand domaine prenait l'allure d'une cité minuscule, d'un Etat domestique et seigneurial.

1. La commuue de Floirac, près de Bordeaux, a 953 hectares; celle de Cadéac, dans la vallée d'Aure, 614: celle de Vitry, près de Paris, 1179. Je cite, dans trois régions différentes, des communes qui ont visiblement remplacé des villas romaines. Et s'il y a eu différence d'étendue, c'est évidemment la villa qui était plus frrnade que la commune. — L'archéologie amène aux mêmes conclusions (n. 2).

2. A la villa de Chiragan, près de Martres-Tolosanes, il y a deux hectares et demi de surface bâtie pour la demeure du maître, et l'on a pu supposer trois à quatre cents personnes pour les services généraux de la résidence, 1000 hectares et 500 laboureurs pour la surface arable; Joulin, Les Établissements gallo-romains de lu plaine de Martres-Tolosanes, 1900, p. 155 {Acad. des Inscr., Mém. p. p. divers savants, 1, XL 1). — A la villa de Téting, prés de Faulquemont. les ruines des constructions bâties s'étendent sur plus de deux hectares, et on n'en connaît pas la fin (Grenier, p. 159). — Voyez aussi les grandes villas de Belgique, en particulier Anthée (del Marraol, Ann. de la Soc. arch. de Namar, XIV-XV, 1877-81). — Etc. Sur les villas, en dernier lieu : la bibliographie de Kropalscheck, VI. Bericht der R.-G. Komm., p. 51-78; Schumacher, Materialien zur Besiedelungs-Geschichte Deutschlands, 1913 (catalogues du Central-Muséum de Mayence), n"' 83-89.

3. On peut prononcer le mot, si on n'y attache pas le sens de forteresse. Il y a, entre ces villas et nos anciennes demeures seigneuriales, plus d'analogies de disposition qu'on ne croit. A Téting (cf. ici, n. 2), la villa est précédée d'une cour d'honneur, large de 88 mètres et profonde de 60, bordée de deux ailes de bâtiments, menant à une fagade concave formant galerie.

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